MAL

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MAL

Le propre du mal tient en ceci qu’il ne peut ĂȘtre nommĂ©, pensĂ©, vĂ©cu qu’en relation avec une certaine idĂ©e du bien. Qu’il n’y ait pas de bien en soi, que ce que les hommes appellent le bien soit relatif aux situations et aux cultures, et le mal se trouve radicalement relativisĂ©, lui qui du coup peut ĂȘtre le bien d’hier, de demain ou d’ailleurs. Qu’il y ait un absolu du bien, un «souverain bien» comme l’affirmaient les sages antiques, ou un «unique nĂ©cessaire» comme disent les religions du salut, et le mal, sous la forme de la folie ou de la perdition, se trouve ici encore cernĂ© et dĂ©limitĂ©, au moins sur l’une de ses frontiĂšres, comme le contraire de ce bien, tout en gardant quelque chose d’obscur et d’indĂ©fini, semblable – la mĂ©taphore est classique – Ă  la part d’ombre dans un monde que la lumiĂšre ne saurait visiter. Le mal, contraire du bien, cette apparente lapalissade a donnĂ© d’autant plus Ă  penser aux philosophes que la relation du mal au bien est Ă  sens unique, car si le mal n’est jamais tel que par rapport Ă  un bien au moins possible et reprĂ©sentable, le bien paraĂźt avoir une positivitĂ© propre qui lui permettrait, quelle que soit sa figure, de se poser dans toute l’innocence de son ignorance du mal. L’idĂ©e du mal, qui doit avoir quelque rĂ©alitĂ©, puisque abondent et surabondent de tout temps et en tout lieu les discours sur le mal, est donc dialectique et interrogative: dialectique , puisqu’elle n’est pensable que par un entrecroisement de nĂ©gations, c’est-Ă -dire par rĂ©fĂ©rence Ă  la norme ou Ă  la valeur que le mal nie existentiellement, lesquelles Ă  leur tour le nient rationnellement ou idĂ©alement; interrogative, car le mal, ne pouvant ĂȘtre apprĂ©hendĂ© que comme contestation scandaleusement heureuse du bien, pose par l’équivoque mĂȘme de sa nature le problĂšme de son origine et de sa signification. Le mal, en effet, ne saurait se montrer sans ĂȘtre aussitĂŽt dialectiquement mis en question, et, de plus, il n’y a du mal dans le monde et dans l’histoire que parce qu’il existe pour l’homme un problĂšme du mal.

Deux assurances, qui font antinomie, commandent et animent toute rĂ©flexion sur le mal: d’une part, si le mal ne suscitait la question: pourquoi le mal? il ne serait pas le mal; d’autre part, si la rĂ©ponse Ă  la question: pourquoi? allait de soi dans une Ă©vidence naturelle, le mal disparaĂźtrait en mĂȘme temps que serait effacĂ©e l’angoisse de la question. Si l’on appelle idĂ©ologie toute retombĂ©e, utilisable sociologiquement ou psychologiquement, de la pensĂ©e philosophique, la rĂ©flexion sur le mal aura pour premier devoir de rĂ©cuser un certain nombre de fatalitĂ©s idĂ©ologiques, telles les rhĂ©toriques, conjoncturellement et culturellement nĂ©cessaires, de l’optimisme ou du pessimisme. Ce dĂ©capage effectuĂ©, il s’agira en fin de compte non pas de comparer les unes aux autres, en faisant le bilan de leurs inconvĂ©nients ou de leurs avantages, telles et telles solutions du problĂšme, mais plus radicalement de se demander si la problĂ©matique du mal, engendrĂ©e par une dialectique destructrice d’elle-mĂȘme, ne serait pas un faux problĂšme, contraint ainsi Ă  avouer son caractĂšre idĂ©ologique. Mais l’interrogation sur le problĂšme laisse intacte l’alternative; il se pourrait que, mĂȘme si toute solution au problĂšme du mal relevait d’une idĂ©ologie, le problĂšme lui-mĂȘme doive se formuler avec une rigueur universelle, invincible Ă  toute rĂ©duction idĂ©ologique. Ce problĂšme du mal – obsession Ă  psychanalyser ou interrogation authentique –, l’homme se l’est posĂ© Ă  travers tous ses modes de pensĂ©e, mythiques, philosophiques, religieux, dont il conviendra d’examiner quelques exemples particuliĂšrement reprĂ©sentatifs.

Les mythes

On doit Ă  Freud l’idĂ©e selon laquelle ce que le rĂȘve est au dormeur singulier les mythes pourraient l’ĂȘtre Ă  l’humanitĂ© globalement considĂ©rĂ©e, c’est-Ă -dire l’expression travestie d’une inquiĂ©tude qu’il est impossible de dĂ©masquer si l’on nĂ©glige, au profit exclusif de leurs structures, le contenu concret du mythe comme du rĂȘve. DĂ©couvrir la finalitĂ© de cette inquiĂ©tude, ce serait comprendre le sens des mythes. Or, de mĂȘme que le rĂȘve, interprĂ©tĂ© par Freud, est un exorcisme jouĂ© qui conjure, en lui inventant une satisfaction imaginaire et symbolique, une frustration d’origine sexuelle, de mĂȘme l’angoisse devant le mal, refoulĂ©e parce que censurĂ©e, et travaillant Ă  se donner un apaisement irrĂ©el par l’invention d’images belles et Ă©quivoques, pourrait bien rendre raison de l’origine et du contenu des rĂ©cits mythologiques. L’angoisse est la peur de l’esprit devant le non-sens, et elle est plus ancienne et plus profonde que tout savoir organisĂ©, philosophique ou scientifique; le mal, pour la sensibilitĂ© qu’il blesse d’une blessure qui est aussi d’esprit – d’oĂč la vanitĂ© de la distinction scolaire entre les diverses sortes de mal: physique, moral, mĂ©taphysique –, c’est le malheur irrĂ©parable ou le crime inexpiable qui amĂšnent Ă  se demander si, du mal dans l’existence, on ne devrait pas conclure au mal de l’existence; celle-ci serait alors totalement absurde et injustifiable; cette angoisse insupportable dans la luciditĂ© du jour, le rĂȘve Ă©veillĂ© des mythes la trompe et la rend tolĂ©rable par l’aveu et le dĂ©saveu mĂȘlĂ©s que fait de sa cruautĂ© l’idĂ©alitĂ© bien composĂ©e de la fable surnaturelle. Et parce que l’esprit rĂ©agit partout Ă  sa propre angoisse en usant des mĂȘmes subterfuges Ă  la fois complaisants et rĂ©pressifs, on ne s’étonnera pas que, dans les cultures les plus diffĂ©rentes dans l’espace et dans le temps, il y ait, en dĂ©pit d’un foisonnement en apparence gratuit, de si nombreuses et saisissantes analogies entre les mythes.

La faute originelle

Le mythe pose, en un premier moment, un monde en dehors du monde et un temps avant le temps dans lequel se dĂ©roulent des existences bienheureuses Ă  l’abri de la douleur, de la faute et de la mort, c’est-Ă -dire de toutes les formes du mal. Tout se passe comme si le refoulement du mal avait fait surgir un imaginaire espace divin; puis, en un deuxiĂšme moment, se produit l’inĂ©vitable retour du refoulĂ©; le mal envahit cette sphĂšre supĂ©rieure et antĂ©rieure de l’existence qu’avait suscitĂ©e le refus du mal; les dieux se font la guerre; quelques anges se changent en dĂ©mons et les ĂȘtres surnaturels se mĂȘlent des passions et des affaires des hommes, donnant au mal des profondeurs d’abĂźme. Ces deux temps qui composent en antithĂšse le rĂ©cit mythologique se retrouvent notamment dans les mythes du paradis perdu.

Il suffit de rappeler les premiers chapitres de la Bible, qui font se succĂ©der le rĂ©cit d’une CrĂ©ation dans laquelle toutes choses s’ordonnent, sans le moindre dĂ©faut, selon l’ordre et la clartĂ© de la puissance divine, et un deuxiĂšme rĂ©cit des origines, d’une lourdeur naturaliste trĂšs appuyĂ©e, dans lequel Dieu, plus fabricateur que crĂ©ateur, fait figure de Dieu manquĂ©, jaloux de sa crĂ©ature, oĂč le Paradis, gĂątĂ© d’interdictions provocatrices, contaminĂ© par la prĂ©sence d’une bĂȘte infernale, est, avant mĂȘme la faute et le chĂątiment, un paradis perdu, cependant que l’homme et la femme, dĂ©saccordĂ©s, exilĂ©s de l’unitĂ© humaine avant d’ĂȘtre chassĂ©s de l’Éden, ne sont capables de dĂ©sobĂ©ir, d’ĂȘtre sĂ©duits, de se sĂ©duire l’un l’autre que parce que le mal est dĂ©jĂ  lĂ , Ă©nigmatiquement antĂ©rieur Ă  son propre commencement, irrĂ©parablement mĂȘlĂ© aux choses telles qu’elles sont, au point que l’humanitĂ© ne peut acquĂ©rir la connaissance, travailler, se multiplier, c’est-Ă -dire devenir ce qu’elle est appelĂ©e Ă  ĂȘtre, qu’aprĂšs avoir rompu avec l’innocence et l’inconscience et commis une faute, qui parle d’autant plus violemment Ă  l’imagination qu’elle est, en elle-mĂȘme, irreprĂ©sentable, inconceptualisable, et qu’elle cumule les contradictions: libre et fatale, temporelle et intemporelle, inventant le mal et consentant Ă  un mal prĂ©existant. Le mythe biblique est d’autant plus significatif que les Écritures juives, appelĂ©es par les chrĂ©tiens Ancien Testament, reprĂ©sentent dans l’histoire de l’esprit l’effort le plus rigoureux pour exclure toute mythologie de la religion, c’est-Ă -dire du rapport de l’homme Ă  l’Absolu. Et, cependant, lorsqu’elle se heurte aux problĂšmes jumeaux de l’origine des choses et de l’origine du mal, la plus authentique des pensĂ©es religieuses, la plus vigilante Ă  ne pas sacraliser les phantasmes de l’homme se rĂ©fugie, comme Adam se cache aprĂšs la faute, dans l’ombre du mythe, mais d’un mythe qui, avouant comme cyniquement sa nature de mythe, pourrait bien sonner le glas de la mythologie.

Le mythe ne saurait en effet proposer, sous le revĂȘtement du symbole, une solution philosophique ou Ă©sotĂ©rique au problĂšme du mal, c’est-Ă -dire de sa nature et de son origine. Ce que la fonction fabulatrice projette dans le rĂ©cit mythique, ce n’est ni un savoir sĂ©curisant, ni un tourment fruste, sauvage, informel, mais une interrogation structurĂ©e, une angoisse qui est problĂšme, un problĂšme qui est angoisse: le mal dans le mythe de la GenĂšse est agressivement rĂ©el et conceptuellement insaisissable; il est partout et nulle part, ou, s’il est quelque part, c’est dans le vide qui sĂ©pare le premier rĂ©cit – triomphaliste – de la CrĂ©ation et le second rĂ©cit, laborieux et Ă©prouvant, de cette CrĂ©ation qui, dans un intervalle nul, est devenue, on ne saura jamais pourquoi, autre qu’elle-mĂȘme, lorsqu’on passe de l’ordre des essences Ă  l’ordre des existences. Le mal est lĂ , dĂ©visagĂ© sournoisement Ă  l’ombre des images, dans cette incomprĂ©hensible inĂ©galitĂ©, qui vaut pour Dieu comme pour l’homme, de l’essence et de l’existence, et ce passage de l’une Ă  l’autre qui devrait ĂȘtre une promotion se rĂ©vĂšle comme dĂ©gradation. Dans le mythe, une pensĂ©e interrogative se donne une rĂ©ponse fallacieuse dont elle joue Ă  ĂȘtre complice sans en ĂȘtre vĂ©ritablement dupe. Le mythe est le gardien du sommeil de l’esprit que son inquiĂ©tude a failli Ă©veiller, mais il est aussi le tĂ©moin d’une inquiĂ©tude qui, elle, ne dort jamais. La beautĂ© Ă©trange et triste du mythe de la GenĂšse vient de ce que l’équilibre y est rompu, que l’amertume du «questionnement» sur le mal rend les apparences de la fable plus troublantes que rassurantes, que le dormeur est en train de s’éveiller Ă  la peine de vivre, et qu’il s’apprĂȘte, au lieu de chercher la raison du mal dans le double lointain d’une poĂ©tique des origines, Ă  en demander raison au Principe des choses dans un affrontement direct, toute mythologie congĂ©diĂ©e, comme le fera plus tard dans les mĂȘmes Écritures l’auteur du Livre de Job.

La tragédie et le destin

La mĂȘme crĂ©ativitĂ© qui rĂ©vĂšle et trompe l’angoisse de vivre s’exerce dans le mythe et dans l’art. N’interrogeons ici que les littĂ©ratures, notamment dramatiques et romanesques, qui s’apparentent aux mythes dans la mesure oĂč elles inventent des personnages en conflit les uns avec les autres dans des situations imaginaires. Elles n’ont d’autre matiĂšre, Ă  moins de se dĂ©truire en un vain formalisme, que l’existence humaine vulnĂ©rable et coupable, vouĂ©e Ă  la monotone rĂ©pĂ©tition du malheur, du crime, de la mort, mais traduite dans le dĂ©roulement rythmĂ© d’une reprĂ©sentation ou d’un rĂ©cit qui prend les orages de la passion dans les piĂšges et les sortilĂšges d’une beautĂ© apaisante et irrĂ©elle. L’art dramatique de tous les temps, et d’abord dans ses modĂšles originels de la GrĂšce antique, vise Ă  ce paradoxe, passablement scandaleux en son fond, de faire supporter Ă  l’homme, dans une sorte de joie que les puritains et les jansĂ©nistes de toutes obĂ©diences n’ont pas eu tort de juger suspecte, ce qu’il y a de plus insupportable dans la condition humaine: ainsi, la tragĂ©die grecque porte le mal Ă  son comble, faisant les dieux criminels et appelant sur l’hĂ©roĂŻsme humain l’injustice de chĂątiments dĂ©mesurĂ©s, montrant aussi – selon la cĂ©lĂšbre interprĂ©tation hĂ©gĂ©lienne – le droit opposĂ© au droit, et, par exemple, dĂ©voilant l’incompatibilitĂ© entre le droit de la citĂ© et le droit de la famille, partage indĂ©passable des valeurs qui voue Antigone Ă  la mort et CrĂ©on au dĂ©shonneur; comme si le mal s’introduisait au cƓur mĂȘme du bien pour l’opposer contradictoirement Ă  lui-mĂȘme ou encore, autre langage, mais qui dĂ©signe la mĂȘme extrĂ©mitĂ© de mal, comme si le sublime humain se retournait contre l’homme pour le dĂ©faire et le dĂ©shumaniser. Poussant le mal Ă  l’absolu d’une maniĂšre exactement spectaculaire, le tragique poĂ©tiquement reprĂ©sentĂ© en propose aussi une sorte d’absolution par recours au destin qui enveloppe les dieux et les hĂ©ros, les crimes et les malheurs, dans une totalitĂ© nĂ©cessaire et belle au sein de laquelle les antagonismes se compensent et s’annulent de façon qu’au terme l’injustifiable apparaisse – mais ce n’est qu’une apparence – comme absolument justifiĂ©. D’oĂč une sĂ©rĂ©nitĂ© qui est mystification. La pensĂ©e Ă  l’Ɠuvre dans la reprĂ©sentation tragique, en donnant Ă  la question du mal la rĂ©ponse du destin, brouille l’une avec l’autre les deux rĂ©ponses contradictoires du sens total et de l’absolu non-sens. Ainsi, l’interrogation reste bĂ©ante et la possibilitĂ© est maintenue que le destin, c’est-Ă -dire l’infigurable, l’inĂ©luctable, l’inscrutable, soit la parabole de la mort qui rend tout tumulte humain «au silence pareil».

Le mal comme défi à la raison

Mythologies et poĂ©tiques ne sauraient donc ĂȘtre rejetĂ©es hors de la pensĂ©e, puisque le langage de l’imaginaire cache et rĂ©vĂšle un mĂ©talangage, qui vient d’ĂȘtre sommairement dĂ©chiffrĂ© et qui formule le problĂšme dans sa rigueur abstraite; le mal sous toutes ses formes, malheur irrĂ©parable, crime inexpiable, contradiction des valeurs, fatalitĂ© de la mort qui – summum jus et summa injuria – Ă©galise toutes les inĂ©galitĂ©s, ce mal ne devrait pas ĂȘtre, et cependant il ravage l’existence. La philosophie, dont la fonction est d’assumer puis de dissoudre, si elles sont de faux problĂšmes, ou de rĂ©soudre, si elles sont de vraies questions, les antinomies de l’existence humaine, et de remplir cette tĂąche par les seules ressources de la raison humaine, n’a pas manquĂ© de s’éprouver elle-mĂȘme en affrontant les antinomies que soulĂšve la rĂ©alitĂ© du mal. Les doctrines sont multiples selon les Ăąges et les cultures, mais les techniques de solution – du stoĂŻcisme Ă  l’hĂ©gĂ©lianisme en passant par le rationalisme des thĂ©ologies classiques – relĂšvent partout des mĂȘmes dĂ©marches fondamentales et du mĂȘme type de discours: Ă  partir d’une proposition majeure, considĂ©rĂ©e comme Ă©vidence premiĂšre et qui identifie l’ĂȘtre et le bien, ce discours situe le mal par rapport au bien, en fait un moyen ou un moment dans le dĂ©ploiement d’un ĂȘtre qui en lui-mĂȘme est valeur, et, Ă  force de relativiser et d’extĂ©nuer le mal, tend Ă  le confondre avec un manque et une absence; et, en effet, si le bien est l’ĂȘtre, en quoi le contraire de l’ĂȘtre pourrait-il se distinguer du nĂ©ant? Mais alors la solution du problĂšme et sa dissolution risquent d’apparaĂźtre comme une seule et mĂȘme chose.

Les formes classiques du discours rationaliste

La sagesse antique, en proposant des figures de sagesse, pensables et praticables, a donnĂ© les premiers modĂšles, achevĂ©s dĂšs l’origine, de mises en forme d’un discours rĂ©duisant l’angoisse devant le mal comme la clartĂ© du jour efface un mauvais rĂȘve: on avance que faire le mal pour le mal Ă©tant une impossibilitĂ© logique, la volontĂ© ne pouvant se dĂ©finir que comme volontĂ© de bien, la faute et mĂȘme le crime ne sauraient ĂȘtre que des erreurs, explicables par un manque de savoir; que les calamitĂ©s naturelles ou les catastrophes historiques, qui leur sont si semblables, ne dĂ©pendent pas de nous et, puisque, relevant des lois de l’univers et inscrites dans l’ordre du monde, elles ne sont nullement des explosions d’irrationalitĂ© et n’expriment aucune sorte d’agressivitĂ© dĂ©moniaque Ă  l’égard de l’homme, elles doivent ĂȘtre, une fois comprises, supportĂ©es avec la sĂ©rĂ©nitĂ© qui convient; que la souffrance et la mort, Ă©tant le lot nĂ©cessaire d’un ĂȘtre fini qui ne saurait, sauf dĂ©mesure dĂ©raisonnable, avoir la prĂ©tention de se confondre avec le tout, possĂšdent ce qu’il faut d’intelligibilitĂ© pour perdre un pathĂ©tique imaginaire et se rĂ©vĂ©ler acceptables dans la paix de l’esprit; qu’enfin le monde tel qu’il est, et qui ne serait pas s’il ne mĂ©ritait pas d’étre, fait une totalitĂ© au sein de laquelle toutes choses, et parmi elles les actions et les passions des hommes, s’équilibrent et se compensent pour contribuer Ă  l’harmonie universelle, ou plutĂŽt pour la constituer, si bien que l’illusion d’un absolu du mal provient ici encore d’une ignorance qui tend Ă  considĂ©rer une partie ou un Ă©pisode en eux-mĂȘmes, au lieu de les rattacher Ă  l’unitĂ© du Tout, incassable, illuminante, justifiante.

La thĂ©ologie chrĂ©tienne n’a cessĂ© dans son histoire d’ĂȘtre confrontĂ©e au problĂšme du mal, dont elle a dit et redit, Ă  travers la variĂ©tĂ© de ses langages, qu’il ne se pose que par rapport Ă  Dieu, lequel, en tant que crĂ©ateur et responsable du tout de l’existence, ne semble pas pouvoir ĂȘtre tenu pour innocent du mal qui est dans le monde, mais que ce problĂšme est rĂ©solu par un recours Ă  ce mĂȘme Dieu, qui, comme parlent saint Augustin et saint Thomas, est capable dans son infinie puissance de tirer toujours du mal un imprĂ©visible bien. En se faisant l’apologiste de Dieu, le thĂ©ologien traditionnel demande l’armature intellectuelle de son propos au discours rationaliste de la sagesse antique, changeant aisĂ©ment en thĂ©odicĂ©e ce qu’on pourrait appeler la «cosmodicĂ©e» stoĂŻcienne: explication ou justification du mal dans la mesure oĂč, condition d’un bien sans lui impossible – ainsi sans la malice du persĂ©cuteur, le tĂ©moin d’une foi n’atteindrait pas Ă  la sublimitĂ© du martyre –, il rend le tout meilleur et plus parfait; affirmation que le mal en lui-mĂȘme n’est que manque et privation, donc absence d’ĂȘtre, d’oĂč il suit que Dieu qui est l’Être et le crĂ©ateur des ĂȘtres ne saurait ĂȘtre appelĂ© Ă  rĂ©pondre de ce non-ĂȘtre qu’est le mal; responsabilitĂ© du mal inscrite au dĂ©bit d’une libertĂ© – celle de l’ange ou celle de l’homme – qui, participant du nĂ©ant par sa finitude, se trouve ainsi exposĂ©e Ă  faillir par une dĂ©ficience proprement ontologique. Le discours thĂ©ologique (et, de l’Hymne Ă  Zeus de ClĂ©anthe Ă  la ThĂ©odicĂ©e de Leibniz, il a manifestĂ© une vitalitĂ© qui est celle du Logos hellĂ©nique) contraint le mal Ă  avouer que, si terrifiant soit-il, il n’a d’autre rĂ©alitĂ© que celle du vide ou du dĂ©faut; ce rien, l’ange de lumiĂšre qu’il a refusĂ© d’ĂȘtre, fait toute la noirceur de Satan, et, pour passer Ă  la limite, l’enfer n’est infernal que par une absence, il est vrai Ă©ternelle, celle de l’amour.

La récupération esthétique de la dialectique

Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, c’est pourtant avec les philosophies les plus dĂ©libĂ©rĂ©ment agressives contre les valeurs chrĂ©tiennes d’intĂ©rioritĂ© et de transcendance, comme celles de Spinoza et de Hegel, que le discours thĂ©ologico-rationaliste prouve avec le plus d’éclat sa vigueur totalisante, en dĂ©samorçant radicalement le problĂšme du mal. Ainsi, chez Hegel, l’Esprit qui se rĂ©alise Ă  travers le monde et l’histoire intĂšgre, justifie et absout dans et par son devenir toutes les figures du malheur et toutes les formes du mal: les hĂ©ros souffrent mort et passion, sacrifiĂ©s au grand dessein dont ils sont les instruments; l’esclave subira l’extrĂȘme de la servitude afin d’ĂȘtre, un inĂ©luctable jour, le maĂźtre de son maĂźtre selon une justice infaillible, expression vulgaire pour dire la nĂ©cessitĂ© rationnelle qui fait l’intelligibilitĂ© de l’histoire; la mort mĂȘme de Dieu, scandale des scandales que le christianisme, avant d’ĂȘtre intĂ©gralement rationalisĂ© par Hegel, cachait, avec crainte et tremblement, dans la nuit du mystĂšre, apparaĂźtra comme le clair destin de l’Absolu qui doit se perdre en se niant, c’est-Ă -dire exactement s’aliĂ©ner dans son contraire pour vivre d’une vie d’autant plus divine qu’elle aura traversĂ© la douleur et le labeur du nĂ©gatif. Tel que le propose la raison dialectique, le discours thĂ©ologico-rationaliste atteint une perfection indĂ©passable, mais du mĂȘme coup rĂ©trograde, par-delĂ  mĂȘme le Logos hellĂ©nique dont il est une rĂ©itĂ©ration crĂ©atrice, vers les origines mythiques de la problĂ©matique du mal. D’oĂč une rĂ©cupĂ©ration esthĂ©tique de la dialectique.

Les catĂ©gories dites rationnelles, qui permettent de donner une solution dĂ©finitivement apaisante au problĂšme du mal et se trouvent pleinement accusĂ©es dans le rĂ©gime dialectique de la raison, sont celles d’unitĂ©, de nĂ©cessitĂ© et de totalitĂ©; c’est parce que le monde n’est pas rhapsodie plurielle que tout mal n’est que partiel et provisoire et peut trouver ailleurs ou en avant sa compensation justificatrice; ainsi, selon les marxistes, la victoire d’octobre 1917 donne son sens Ă  l’échec, inĂ©luctable en son temps, de la Commune de Paris; mais il faut alors que l’histoire des hommes possĂšde continuitĂ© et unitĂ©, et que les forces antagonistes qui la travaillent composent ensemble un vaste propos en train de se rĂ©aliser Ă  l’irrĂ©sistible appel d’une finalitĂ© immanente. Le tout, qu’il soit achevĂ© ou en instance d’achĂšvement, Ă©tant Ă  lui-mĂȘme sa fin, devient cette chose de beautĂ© qui doit son rayonnement Ă  une heureuse rĂ©partition au-dedans d’elle-mĂȘme des ombres et des lumiĂšres, et la dissonance rend plus subtile l’harmonie; la musique des sphĂšres, la gloire de Dieu cĂ©lĂ©brĂ©e par les cieux, la terre et les enfers, les lendemains qui chantent relĂšvent du mĂȘme exorcisme par le jeu et par l’art. RĂ©pondant au dĂ©fi du mal en allant jusqu’au bout de ses propres ressources, la raison se rĂ©pond Ă  elle-mĂȘme par l’idĂ©alisme ou l’irrĂ©alisme de la beautĂ© – mais comment alors distinguer cette raison mĂ©taphysique de la fonction fabulatrice qui trompait ou apaisait l’anxiĂ©tĂ© de l’esprit par ces apparences esthĂ©tiques, les mythes et le destin?

Une source commune de la religion et de l’athĂ©isme

Si le discours de la rationalitĂ© intĂ©grale et la mythologie de la beautĂ© se correspondent en fin de compte terme Ă  terme, toute solution au problĂšme du mal – ou toute rĂ©solution de ce problĂšme – se trouve vouĂ©e Ă  l’échec. L’optimisme, qu’il fasse du diable le valet mystifiĂ© de Dieu, ou de l’escalade de l’exploitation la condition de la victoire des exploitĂ©s, ne rature pas le scandale de l’injustifiable, car, dĂšs lors que l’homme possĂšde en tant que personne une rĂ©alitĂ© et une dignitĂ© propres, il est une fin en soi et ne saurait se considĂ©rer comme une partie dont l’écrasement pourrait ĂȘtre un moyen indispensable Ă  la splendeur du tout. Aussi le supplice des innocents, la terrifiante inĂ©galitĂ© des destins, l’aliĂ©nation sans remĂšde des esclaves qui ont eu le tort de naĂźtre trop tĂŽt, en avance sur les maturations de l’histoire, sont-ils une rĂ©futation existentielle de toute systĂ©matisation optimiste. Il est pareillement impossible de transformer l’échec en solution pessimiste, d’avancer que le tourment de penser et la peine de vivre ont rompu, pour rien et dans le non-sens, la paix de la matiĂšre et l’insignifiance des choses, car cette prĂ©tendue rĂ©ponse refoule et ne rĂ©sout pas la question, seulement transposĂ©e et camouflĂ©e sous un mode affirmatif: comment est-il possible, en effet, que de l’ĂȘtre sans conscience, qui Ă©tait le meilleur, soit sortie la conscience de l’ĂȘtre, qui est mal et principe du mal? On retrouve la formulation du problĂšme, qui demeure inĂ©vitable, rigoureuse, en dĂ©pit de l’effondrement des solutions et de la dĂ©route des rĂ©ponses. La problĂ©matique du mal, telle que la rĂ©vĂšlent les phantasmes et les systĂšmes, est donc le contraire d’un artifice et d’une apparence: quelles que soient les figures que l’esprit humain donne Ă  l’ĂȘtre et Ă  la valeur dans la contingence des situations et des cultures, il ne peut jamais dĂ©poser cette double exigence qui le constitue comme esprit, qui lui fait attendre que l’ĂȘtre soit valeur et qui l’oblige inconditionnellement Ă  tout faire pour que la valeur soit ĂȘtre – exigence qu’atteste le suicide nihiliste lui-mĂȘme qui peut vouloir que le non-ĂȘtre soit parce qu’il lui reconnaĂźt valeur par rapport au mal de l’ĂȘtre. La longue coutume des hommes appelle Dieu, divin ou sacrĂ© cette rencontre postulĂ©e de l’ĂȘtre et de la valeur capable de donner sens Ă  l’existence et de justifier, fĂ»t-ce fugitivement en des moments de grĂące, une adhĂ©sion honorable Ă  ce monde. Or c’est l’expĂ©rience du mal commis ou du mal subi, pensĂ©e et vĂ©cue dans l’angoisse, comme sacrilĂšge, profanation du divin qui, Ă  la fois – et lĂ  se trouve l’antinomie –, suppose et conteste Dieu. Comment se scandaliserait-on de cette rupture entre l’ĂȘtre et la valeur, qui est le mal en son essence, si on ne savait d’un savoir antĂ©rieur Ă  l’expĂ©rience que cette irruption du mal bouleverse ou empĂȘche un ordre qui mĂ©riterait d’ĂȘtre? Et alors, on postule comme Ă©tant de droit l’identitĂ© de l’ĂȘtre et de la valeur, c’est-Ă -dire Dieu ou le divin. Mais le mal est aussi une raison de douter de Dieu ou du divin. Car si Dieu est la puissance suprĂȘme, il cesse, en tolĂ©rant le mal, ou en usant du mal comme moyen Ă  la maniĂšre d’un artiste, d’ĂȘtre Dieu, c’est-Ă -dire la bontĂ© suprĂȘme; ou si, comme dans les dualismes de type manichĂ©en, le principe du mal est extĂ©rieur Ă  Dieu et lui rĂ©siste, cette cassure dans l’ĂȘtre rompt l’unitĂ© de Dieu et le rejette dans l’imaginaire. Le doute que suscite la problĂ©matique du mal porte aussi bien, pour les briser, contre l’unitĂ© panthĂ©istique de la nature ou l’unitĂ© d’une histoire dialectisĂ©e et finalisĂ©e en marche vers son accomplissement et la constitution d’une humanitĂ© rĂ©conciliĂ©e avec elle-mĂȘme, ainsi que le proposent des systĂšmes dits agnostiques ou athĂ©es, mais thĂ©ologiques en leur fond.

La problĂ©matique du mal a ceci de singulier qu’elle pousse Ă  l’extrĂȘme les puissances d’affirmation de l’homme aussi bien que son pouvoir de nĂ©gation; elle est la source commune de la religion et de l’athĂ©isme. La sorte d’émotion sacrĂ©e ou de vertige qui saisit l’esprit aux prises avec l’interpellation du mal est une passion authentique qui cherche d’abord Ă  se dĂ©guiser ou Ă  s’apaiser Ă  travers les mythologies et les mĂ©taphysiques, mais qui atteint, si elle a le courage d’aller au bout d’elle-mĂȘme, la suprĂȘme alternative: se changer en conscience religieuse ou tenir, dans un athĂ©isme intĂ©gral, le refus de toute religion. Ou bien ne pas sĂ©parer, selon l’exemple originel des prophĂštes d’IsraĂ«l, la dĂ©nonciation du mal et la lutte contre le mal de la foi en une absolution, inimaginable et irreprĂ©sentable, qui par-delĂ  les compensations et les rĂ©parations conventionnelles serait restauratrice ou instauratrice de ce sens de l’existence personnelle et collective que brouille ou rature le mal Ă  l’Ɠuvre dans le monde; ou bien refuser toute promotion religieuse de la conscience morale, dans laquelle on ne verrait que rĂ©gression mythologique, considĂ©rer le mal, c’est-Ă -dire la rupture entre l’ĂȘtre et la valeur, comme le signe irrĂ©cusable d’un monde irrĂ©parablement cassĂ©, et conclure que l’existence de Dieu est moralement impossible. Ainsi la problĂ©matique du mal nourrit, entretient, approfondit le plus haut dĂ©bat dont l’esprit humain soit capable.

DĂ©bat ouvert s’il en fut, et qu’il n’est possible de supprimer ou de dĂ©passer qu’en s’engageant dans l’une ou l’autre de deux directions qu’on indiquera sommairement sans les explorer.

Le supprimer, si la problĂ©matique du mal Ă©tait de part en part idĂ©ologique: thĂšse d’autant plus difficile Ă  Ă©tablir que la problĂ©matique du mal exerce une implacable fonction critique et met l’esprit en Ă©tat de vigilance vis-Ă -vis des institutions et des dogmatiques Ă©tablies qui proposent ou imposent des idĂ©ologies bien-pensantes comme solutions au problĂšme du mal; si bien que la problĂ©matique du mal pourrait ĂȘtre anti-idĂ©ologique. Pour la dire idĂ©ologique, c’est la rĂ©flexion philosophique elle-mĂȘme qu’il faudrait congĂ©dier. Et tels courants de la pensĂ©e contemporaine seraient assez portĂ©s Ă  cette disqualification dont il faudrait alors payer le prix; il n’y aurait pas le mal, mais des maux ou plutĂŽt des malfaçons posant des problĂšmes de thĂ©rapeutique et de rĂ©paration; pas d’exigence absolue de la conscience, mais un propos d’ajustement et d’intĂ©gration de l’espĂšce humaine Ă  son milieu social et naturel. Telle serait la philosophie ou plutĂŽt l’antiphilosophie d’un Ăąge technocratique.

Le dĂ©passer, Ă  condition de reconnaĂźtre un Dieu qui ne serait pas celui pour lequel plaident les amis de Job, mais le Dieu annoncĂ© par les Écritures judĂ©o-chrĂ©tiennes et qui, par son incarnation dans l’humanitĂ©, se fait victime du mal et agent du salut pour tous les hommes. MystĂšre qui ne serait qu’un mythe de plus si, avant de le confesser, la conscience religieuse, prenant le risque de se mettre en question, ne s’était purifiĂ©e des idoles et des illusions consolantes en vivant dans la probitĂ© et la rigueur l’humainement insoluble problĂ©matique du mal.

1. mal, male [ mal ] adj.
‱ IXe; lat. malus « mauvais »
1 ♩ Vx Mauvais, funeste, mortel. Loc. anc. À la male heure : Ă  l'heure de la mort. « Il suffit que la male fortune regarde ailleurs » (SuarĂšs). Mourir de male mort, de mort violente.
2 ♩ Mod. (dans quelques expr., au masc.) Bon grĂ©, mal grĂ©. Bon an, mal an.
3 ♩ (En attribut) Contraire Ă  un principe moral, Ă  une obligation. Faire, dire qqch. de mal. C'est mal de dire, de faire cela. « L'aimerais-tu donc dĂ©jĂ  ? Ce serait mal. — Mal, reprit EugĂ©nie, pourquoi ? » (Balzac).
4 ♩ Pas mal (adj.). ⇒ 2. mal (V).
⊗ HOM. Malle; poss. mñle. mal 2. mal [ mal ] adv.
‱ XIe; lat. male
I ♩ D'une maniĂšre contraire Ă  l'intĂ©rĂȘt ou aux vƓux de qqn. ⇒ malencontreusement. Ça commence mal ! Affaire qui va mal, qui pĂ©riclite. — Fam. Ça va mal pour lui. Ça va aujourd'hui ? — Mal, trĂšs mal. Ça va moins mal, plus mal, aussi mal que possible. Tourner mal : se gĂąter. « Qu'on me montre ici-bas une seule chose qui a commencĂ© bien et qui n'a pas fini mal » (Cioran). Cela lui a mal rĂ©ussi. Le moment est mal choisi. Ça tombe mal : cela arrive Ă  un moment inopportun. Mal lui en prit, les consĂ©quences furent fĂącheuses pour lui. « Mal en prit Ă  Louis Bonaparte » (Hugo).
♱ Avec malaise, douleur, dĂ©sagrĂ©ment. Se sentir, se trouver mal : Ă©prouver un malaise. ⇒ dĂ©faillir, s'Ă©vanouir (cf. Tourner de l'Ɠil, tomber dans les pommes). Être mal portant, mal se porter, se porter mal. Fam. Être, se sentir mal fichu (⇒ 2. fichu) , mal foutu. Être mal en point. ⇒ 1. point (II). — Il est, va mal, trĂšs mal. Elle est au plus mal, Ă  la derniĂšre extrĂ©mitĂ©. — (Sens attĂ©nuĂ©) Vous ĂȘtes mal sur ce banc, prenez un fauteuil. Être mal dans sa peau.
II ♩ En termes dĂ©favorables ou d'une façon dĂ©favorable, avec malveillance, en mauvaise part. ⇒ dĂ©favorablement. Traiter mal qqn. Mal parler de qqn, le calomnier (cf. Dire pis que pendre de qqn). Avoir l'esprit mal tournĂ©. — Prendre mal une remarque, une plaisanterie, la croire dĂ©sobligeante (cf. Trouver mauvais, prendre la mouche). Être, se mettre mal avec qqn, avec sa famille, se brouiller. Être mal vu de qqn. ⇒ 1. vu. III ♩ Autrement qu'il ne convient.
1 ♩ De façon contraire Ă  un modĂšle idĂ©al. Travail mal fait (cf. fam. En dĂ©pit du bon sens; n'importe comment; ni fait ni Ă  faire). Vous vous y prenez mal. ⇒ maladroitement. Il parle assez mal le français. ⇒ incorrectement (cf. Comme une vache espagnole). Écrivain qui Ă©crit mal. — Par ext. En se mĂ©prenant; de travers. Mal interprĂ©ter un texte. Mal connaĂźtre une personne (⇒ mĂ©-) .
2 ♩ D'une façon anormale, Ă©loignĂ©e de la normale. Être mal fait, mal foutu. Grande femme mal bĂątie.
♱ D'une maniĂšre dĂ©fectueuse, imparfaite. Écrou mal serrĂ©. Lettres mal formĂ©es. Vous ĂȘtes mal renseignĂ©. Cote mal taillĂ©e.
3 ♩ D'une façon qui choque le goĂ»t, les convenances (au physique ou au moral). Individu mal habillĂ©. Enfant mal Ă©levĂ©; qui se tient mal; parle mal, rĂ©pond mal Ă  ses parents, sans respect. — Ça marque mal. Pop. Ça la fout mal. ⇒ 1. foutre.
4 ♩ Insuffisamment (en qualitĂ© ou quantitĂ©). ⇒ mĂ©diocrement. Enfant qui rĂ©ussit mal en classe. Mal dormir : dormir peu ou d'un sommeil agitĂ©. Travailleur, emploi mal payĂ© (⇒ sous-) . Ils sont mal installĂ©s, logĂ©s. Il est mal remis de sa maladie. ⇒ incomplĂštement. — (En composition, pour former des adj. et des subst.) Enfant mal aimĂ©. ⇒ mal-aimĂ©. Mal-baisĂ©. ⇒ 1. baiser. Mal pensant. Les mal-nourris, les mal-logĂ©s.
♱ MAL, Ă©quivalant Ă  une nĂ©gation lĂ©gĂšrement affaiblie.Peu, pas. Être mal Ă  l'aise. « Le caractĂšre variable, non pas mĂ©content, mais mal content du comte » (Balzac). Mal Ă  propos.
5 ♩ Difficilement; avec peine, effort. ⇒ malaisĂ©ment, pĂ©niblement. Asthmatique qui respire mal. Je comprends mal comment il a pu en arriver lĂ .
IV ♩ Contrairement Ă  une loi supĂ©rieure (morale ou religieuse). Il s'est mal conduit, il a mal agi. « Mon frĂšre tourna si mal, qu'il s'enfuit et disparut » (Rousseau). PROV. Bien mal acquis ne profite jamais. V ♩
1 ♩ PAS MAL (avec nĂ©gation). Loc. adv.Assez bien, bien. Ce tableau ne fera pas mal sur ce mur. Cela ne t'irait pas mal du tout. Vous ne feriez pas mal de les avertir : vous devriez les avertir. Il ne s'en est pas mal tirĂ©. Comment allez-vous ? — Pas mal, et vous ? — Adj. (attribut) Ce tableau n'est pas mal, pas mauvais, assez bon. « Électre est la plus belle fille d'Argos. — Enfin, elle n'est pas mal » (Giraudoux). Cela ne sera pas plus mal : ce sera mieux.
2 ♩ PAS MAL (sans nĂ©gation). Loc. adv.Assez, beaucoup (opposĂ© Ă  peu). Il est pas mal froussard. Il a pas mal voyagĂ©. ⇒ passablement. Elle se fichait pas mal de lui. Elle s'en fichait pas mal ! « Puisqu'il la mettait Ă  la porte c'est qu'il se foutait pas mal d'elle » (Guilloux).
3 ♩ PAS MAL DE (sans nĂ©gation) :un assez grand nombre de, bon nombre de, beaucoup. Il y aura pas mal de monde. J'avais appris pas mal de choses (cf. Un tas de). « Ils devaient mettre de cĂŽtĂ© pas mal d'argent » (Zola).
4 ♩ TANT BIEN QUE MAL.
5 ♩ DE MAL EN PIS(⇒ 2. pis).
⊗ CONTR. 1. Bien. mal 3. mal , plur. maux [ mal, mo ] n. m.
‱ 980; lat. malum
I ♩
1 ♩ Ce qui cause de la douleur, de la peine, du malheur; ce qui est mauvais, nuisible, pĂ©nible (pour qqn). ⇒ dommage, perte, prĂ©judice, tort. Faire du mal Ă  qqn. ⇒ nuire. Mettre Ă  mal qqn, le maltraiter physiquement ou moralement. « Personne n'est mĂ©chant et que de mal on fait ! » (Hugo). Il ne ferait pas de mal Ă  une mouche. Vouloir du mal Ă  un ennemi. Rendre le mal pour le mal (cf. ƒil pour Ɠil, dent pour dent). Le mal est fait. Couper le mal Ă  la racine.
♱ UN MAL, DES MAUX. ⇒ affliction, dĂ©solation, Ă©preuve, malheur, peine. C'est un mal nĂ©cessaire. Accuser qqn de tous les maux. « La vie sans les maux est un hochet d'enfant » (Chateaubriand). Les maux qui frappent l'humanitĂ©. ⇒ calamitĂ©, flĂ©au, plaie. Loc. prov. De deux maux, il faut choisir le moindre (dans une alternative oĂč rien n'est bon).
2 ♩ (XIIe) Souffrance, malaise physique. ⇒ douleur. Mal insupportable, intolĂ©rable. ⇒ supplice. Souffrir d'un mal de gorge, de violents maux de tĂȘte (⇒ cĂ©phalĂ©e, migraine) , d'un mal de dents (⇒ rage) , d'oreilles, de ventre. Se tirer sans mal d'un accident. ⇒ blessure, indemne. Il n'y a pas eu de mal. Il a eu plus de peur que de mal. — AVOIR MAL : souffrir. Avoir mal partout. OĂč as-tu mal ? — J'ai mal Ă  la tĂȘte. Avoir mal au cƓur : avoir des nausĂ©es. Fam. Avoir mal aux cheveux. — FAIRE MAL : faire souffrir. Cette brĂ»lure me fait mal. Tu m'as fait trĂšs mal. Loc. Cela me fait mal (au cƓur, au ventre, fam. aux seins) d'entendre, de voir cela : cela m'inspire de la pitiĂ©, du regret, du dĂ©goĂ»t. Ellipt Cela me ferait mal ! je ne le supporterai pas, jamais de la vie. — Loc. fam. (sujet chose) Être efficace. Ce nouveau produit, ça va faire mal ! — SE FAIRE MAL. Il est tombĂ© et il s'est fait mal. Tu ne t'es pas fait mal, au moins ? — Mal de mer (⇒ naupathie; antinaupathique) , mal de l'air, mal des transports : malaises dus au mouvement d'un vĂ©hicule (nausĂ©es, vomissements). Mal des montagnes, des hauteurs : malaises dus Ă  une oxygĂ©nation insuffisante (bourdonnements d'oreilles, vomissements, torpeur). ⇒aussi dysbarisme.
3 ♩ Maladie. Prendre mal, du mal : tomber malade, prendre froid. Un mal sans gravitĂ©. Être atteint, frappĂ© d'un mal incurable. « Un mal qui rĂ©pand la terreur » (La Fontaine). Le mal s'aggrave, empire. Enrayer la progression du mal. — Fig. Trouver la cause, le siĂšge du mal (cf. Mettre le doigt sur la plaie). Loc. prov. Aux grands maux les grands remĂšdes. Le remĂšde est pire que le mal. — Vx Le haut mal : l'Ă©pilepsie. Mal de Naples, mal napolitain, mal français : la syphilis. Mod. Mal de Pott ou mal vertĂ©bral : tuberculose vertĂ©brale. — Mal des rayons : troubles consĂ©cutifs Ă  une exposition intensive aux rayons ionisants. Mal blanc : panaris superficiel.
4 ♩ Souffrance, douleur morale. Des mots qui font du mal. ⇒ blesser. — Loc. Le mal du siĂšcle : mĂ©lancolie profonde, dĂ©goĂ»t de vivre de la jeunesse romantique. Le mal du pays . ⇒ nostalgie. — Loc. Être en mal de : souffrir de l'absence, du dĂ©faut (de qqch). Journaliste en mal de copie, Ă©crivain en mal de sujet, d'imagination.
5 ♩ DifficultĂ©, peine. Avoir du mal Ă  faire qqch. Se donner du mal, un mal de chien, un mal fou, pour faire qqch., pour qqn : se dĂ©penser, se dĂ©mener. ⇒fam. tintouin; galĂ©rer (cf. Se mettre en quatre). On n'a rien sans mal.
II ♩ Choses mauvaises, dĂ©fauts, imperfections qu'on voit en qqn, Ă  qqch.; jugement qui en dĂ©coule.
1 ♩ Prendre, tourner en mal qqch. : voir le mauvais cĂŽtĂ©, ce qu'il y a de mauvais. Il tourne tout en mal.
2 ♩ Dire, penser du mal de qqn. ⇒ calomnier, mĂ©dire (cf. fam. Habiller qqn pour l'hiver, tailler un costard Ă  qqn). « On aime mieux dire du mal de soi-mĂȘme que de n'en point parler » (La Rochefoucauld).
III ♩ LE M AL.
1 ♩ Ce qui est contraire Ă  la loi morale, Ă  la vertu, au bien. Faire le mal. Distinguer le bien du mal. L'arbre de la science du Bien et du Mal. « Par-delĂ  le Bien et le Mal », de Nietzsche. Il voit le mal partout. Je n'y vois aucun mal. Honni soit qui mal y pense. Quel mal y a-t-il Ă  cela ? ⇒ crime. Sans penser, songer Ă  mal : sans avoir d'intentions mauvaises. Il a fait cela sans penser Ă  mal.
2 ♩ Absolt LE MAL : tout ce qui, opposĂ© au Bien, est l'objet de dĂ©sapprobation ou de blĂąme. Le problĂšme philosophique du Mal, de l'existence du Mal. Le monde partagĂ© entre le Bien et le Mal (⇒ dualisme, manichĂ©isme) . Le DĂ©mon, l'Esprit du mal. Satan, incarnation du mal. « Les Fleurs du mal », poĂšmes de Baudelaire. « Il m'a paru plaisant [...] d'extraire la beautĂ© du Mal » (Baudelaire). — Relig. Le pĂ©chĂ©, la concupiscence. « Nous sommes pleins de mal » (Pascal). « Notre PĂšre qui es aux cieux [...] , dĂ©livre-nous du mal » (priĂšre du Notre PĂšre).
⊗ CONTR. 2. Bien. ⊗ HOM. Malle ; mot; poss. mñle.

● mal adverbe (latin male) D'une maniĂšre mauvaise, qui n'est pas satisfaisante : Vous m'avez mal compris. Être mal payĂ©. D'une façon contraire Ă  la morale, aux usages, Ă  l'honnĂȘtetĂ© : Il a mal agi. Forme avec un participe des adjectifs ou noms composĂ©s (le nom peut avoir un trait d'union) : Les mal(-)aimĂ©s de la population. Mal logĂ©s. ● mal (expressions) adverbe (latin male) Aller mal, ĂȘtre dans une mauvaise situation, dans un Ă©tat fĂącheux et, en particulier, ĂȘtre en mauvaise santĂ©. Être, se sentir mal, ne pas ĂȘtre Ă  son aise psychologiquement ou physiquement. Être mal avec quelqu'un, en mauvais termes avec lui. Être mal, trĂšs mal, au plus mal, ĂȘtre (trĂšs) malade. Mal Ă  propos, Ă  contretemps, de façon importune : Arriver mal Ă  propos chez quelqu'un. Familier. Pas mal (du tout), assez bien ; indique une quantitĂ© relativement importante, beaucoup : J'ai pas mal d'ennuis en ce moment. Se sentir, se trouver mal, avoir un malaise, s'Ă©vanouir. ● mal (homonymes) adverbe (latin male) mĂąle adjectif mĂąle nom masculin malle nom fĂ©minin ● mal (synonymes) adverbe (latin male) D'une maniĂšre mauvaise, qui n'est pas satisfaisante
Synonymes :
- incomplĂštement
- peu
Contraires :
- complĂštement
- grassement (familier)
D'une façon contraire Ă  la morale, aux usages, Ă  l'honnĂȘtetĂ©
Synonymes :
- fĂącheusement
Contraires :
- pour le mieux
● mal adjectif invariable Mauvais, funeste (seulement dans quelques expressions) : Bon grĂ© mal grĂ©. Bon an mal an. (→ grĂ©, an.) ● mal (expressions) adjectif invariable C'est mal (de), ce n'est pas satisfaisant (moralement surtout). Ne pas ĂȘtre mal ou, familiĂšrement, (ĂȘtre) pas mal (du tout), ĂȘtre assez beau, assez agrĂ©able, assez satisfaisant. ● mal (homonymes) adjectif invariable mĂąle nom masculin malle nom fĂ©minin ● mal, maux nom masculin (latin malum) Ce qui est contraire au bon, Ă  la vertu ; ce qui est condamnĂ© par la morale (seulement singulier, avec article dĂ©fini) : Faire le mal pour le mal. Ce qui est susceptible de nuire, de faire souffrir, ce qui n'est pas adaptĂ© : Le mal est fait. InconvĂ©nient, difficultĂ©, problĂšme, tout ce qui perturbe quelque chose : Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Maladie ou phĂ©nomĂšne qui dĂ©tĂ©riore quelque chose, une situation : Le mal a progressĂ©. Souffrance physique affectant une partie du corps : Mal de dent. Maux d'estomac. ● mal, maux (citations) nom masculin (latin malum) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le VĂ©sinet 1951 Nous n'avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d'autrui. Propos sur le bonheur Gallimard Alexandre Arnoux Digne 1884-Paris 1973 Il existe une euphorie du mal, aussi ouatĂ©e, aussi paisible, aussi dĂ©licate que celle de la vertu et de la charitĂ©, mais moins fade sans doute et relevĂ©e d'un certain piment. Les Crimes innocents Albin Michel Antonin Artaud Marseille 1896-Ivry-sur-Seine 1948 Le bien est voulu, il est le rĂ©sultat d'un acte, le mal est permanent. Lettre Ă  Jean Paulhan, 12 septembre 1932 Gallimard ThĂ©odore Agrippa d'AubignĂ© prĂšs de Pons, Saintonge, 1552-GenĂšve 1630 Combien des maux passĂ©s douce est la souvenance. Stances Claude Aveline Paris 1901-Paris 1992 Le pire est l'ennemi du mal. Avec toi-mĂȘme, etc. Mercure de France Henri Barbusse AsniĂšres 1873-Moscou 1935 Si on nous enlevait tout ce qui nous fait mal, que resterait-il ? L'Enfer Librairie Mondiale Georges Bataille Billom 1897-Paris 1962 Dieu est pire ou plus loin que le mal, [c']est l'innocence du mal. Le Petit Pauvert Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalitĂ© ; le bien est toujours le produit d'un art. CuriositĂ©s esthĂ©tiques Charles Baudelaire Paris 1821-Paris 1867 La voluptĂ© unique et suprĂȘme de l'amour gĂźt dans la certitude de faire le mal. — Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute voluptĂ©. FusĂ©es Simone de Beauvoir Paris 1908-Paris 1986 L'art est une tentative pour intĂ©grer le mal. Les Mandarins Gallimard Nicolas Boileau, dit Boileau-DesprĂ©aux Paris 1636-Paris 1711 Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire : Un vers Ă©tait trop faible, et vous le rendez dur ; J'Ă©vite d'ĂȘtre long, et je deviens obscur. L'Art poĂ©tique Nicolas Boileau, dit Boileau-DesprĂ©aux Paris 1636-Paris 1711 Le mal qu'on dit d'autrui ne produit que du mal. Satires SĂ©bastien Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort prĂšs de Clermont-Ferrand 1740-Paris 1794 AcadĂ©mie française, 1781 Quelque mal qu'un homme puisse penser des femmes, il n'y a pas de femme qui n'en pense encore plus mal que lui. Maximes et pensĂ©es Jacques Boutelleau, dit Jacques Chardonne Barbezieux 1884-La Frette-sur-Seine 1968 Les maux rĂ©els affectent moins les hommes que l'idĂ©e qu'ils se font de leur condition. L'Amour, c'est beaucoup plus que l'amour Albin Michel Sidonie Gabrielle Colette Saint-Sauveur-en-Puisaye, Yonne, 1873-Paris 1954 Que le mal nous façonne, il faut bien l'accepter. Mieux est de façonner le mal Ă  notre usage, et mĂȘme Ă  notre commoditĂ©. L'Étoile Vesper Le Milieu du Monde Philippe de Commynes, sire d'Argenton Renescure, prĂšs d'Hazebrouck ?, 1447-Argenton 1511 Tous les maux viennent de faute de foi. MĂ©moires Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 HĂ©las ! je sors d'un mal pour tomber dans un pire. Le Menteur, III, 2, Alcippe Pierre Corneille Rouen 1606-Paris 1684 À raconter ses maux, souvent on les soulage. Polyeucte, I, 3, Stratonice Fernand Crommelynck Paris 1886-Saint-Germain-en-Laye 1970 La pensĂ©e est dans le mal et le mal est dans la pensĂ©e, sans qu'on sache qui a commencĂ©. Tripes d'or Gallimard Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 S'il importe d'ĂȘtre sublime en quelque genre, c'est surtout en mal. Le Neveu de Rameau EugĂšne Grindel, dit Paul Eluard Saint-Denis 1895-Charenton-le-Pont 1952 « Le bien et le mal doivent leur origine Ă  l'abus de quelques erreurs. » Capitale de la douleur, Joan MirĂł Gallimard François de Salignac de La Mothe-FĂ©nelon chĂąteau de FĂ©nelon, PĂ©rigord, 1651-Cambrai 1715 AntisthĂšne disait que la science la plus difficile Ă©tait de dĂ©sapprendre le mal. AntisthĂšne François de Salignac de La Mothe-FĂ©nelon chĂąteau de FĂ©nelon, PĂ©rigord, 1651-Cambrai 1715 Presque tous les hommes sont mĂ©diocres et superficiels pour le mal comme pour le bien. Lettre Ă  l'AcadĂ©mie Bernard Le Bovier de Fontenelle Rouen 1657-Paris 1757 Nous ne sommes parfaits sur rien, non pas mĂȘme sur le mal. RĂ©flexions sur la poĂ©tique Jean Genet Paris 1910-Paris 1986 S'ils ne sont pas toujours beaux, les hommes vouĂ©s au mal possĂšdent les vertus viriles. Journal du voleur Gallimard AndrĂ© Gide Paris 1869-Paris 1951 Le mal n'est jamais dans l'amour. La Symphonie pastorale Gallimard Jean Grenier Paris 1898-Dreux 1971 La mĂ©chancetĂ© ne consiste pas Ă  faire le mal mais Ă  mal faire. L'Existence malheureuse Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Par le mal qu'ils ont fait les hommes sont vaincus. La Fin de Satan Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Le mal est un mulet ; il est opiniĂątre et stĂ©rile. Fragments Jean de Meung Meung-sur-Loire vers 1240-Paris 1305 Jadis il en allait autrement ; maintenant tout va en empirant. Jadis soloit estre autrement, Or va tout par enpirement. Roman de la Rose Étienne Jodelle Paris 1532-Paris 1573 Un mal passe le mal. Didon se sacrifiant Jean de La Fontaine ChĂąteau-Thierry 1621-Paris 1695 Nous n'Ă©coutons d'instincts que ceux qui sont les nĂŽtres, Et ne croyons le mal que quand il est venu. Fables, l'Hirondelle et les Petits Oiseaux Jean de La Fontaine ChĂąteau-Thierry 1621-Paris 1695 Le bien, nous le faisons ; le mal, c'est la Fortune ; On a toujours raison, le Destin toujours tort. Fables, l'Ingratitude et l'Injustice des hommes envers la Fortune Jean de La Fontaine ChĂąteau-Thierry 1621-Paris 1695 L'univers leur sait grĂ© du mal qu'ils ne font pas. Fables, le Milan, le Roi et le Chasseur Jules Laforgue Montevideo 1860-Paris 1887 Mon corps, ĂŽ ma sƓur, a bien mal Ă  sa belle Ăąme [
]. Derniers Vers, Dimanches François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Il n'est pas si dangereux de faire du mal Ă  la plupart des hommes que de leur faire trop de bien. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Il n'y a guĂšre d'homme assez habile pour connaĂźtre tout le mal qu'il fait. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Il y a des hĂ©ros en mal comme en bien. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persĂ©cution et de haine que nos bonnes qualitĂ©s. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 On aime mieux dire du mal de soi-mĂȘme que de n'en point parler. Maximes François, duc de La Rochefoucauld Paris 1613-Paris 1680 On fait souvent du bien pour pouvoir impunĂ©ment faire du mal. Maximes Isidore Ducasse, dit le comte de LautrĂ©amont Montevideo 1846-Paris 1870 À quoi bon regarder le mal ? [
] Pourquoi pencher la tĂȘte d'un lycĂ©en sur des questions qui, faute de n'avoir pas Ă©tĂ© comprises, ont fait perdre la leur Ă  des hommes tels que Pascal et Byron ? PoĂ©sies, I Isidore Ducasse, dit le comte de LautrĂ©amont Montevideo 1846-Paris 1870 Nous sommes libres de faire le bien [
] Nous ne sommes pas libres de faire le mal. PoĂ©sies, II Roger Martin du Gard Neuilly-sur-Seine, 1881-SĂ©rigny, Orne, 1958 Si l'on ne fait pas le bien par goĂ»t naturel, que ce soit par dĂ©sespoir ; ou du moins pour ne pas faire le mal. Les Thibault, la Mort du pĂšre Gallimard AndrĂ© Maurois Elbeuf 1885-Neuilly 1967 AcadĂ©mie française, 1938 Ce que les hommes vous pardonnent le moins, c'est le mal qu'ils ont dit de vous. De la conversation Hachette Charles de Secondat, baron de La BrĂšde et de Montesquieu chĂąteau de La BrĂšde, prĂšs de Bordeaux, 1689-Paris 1755 Il y a une infinitĂ© de choses oĂč le moins mal est le meilleur. Mes pensĂ©es Marie Rouget, dite Marie NoĂ«l Auxerre 1883-Auxerre 1967 PĂšre, ĂŽ Sagesse profonde Et noire, Vous savez bien À quoi sert le mal du monde, Mais le monde n'en sait rien. Chants de la merci, Chant de la divine merci Stock Henri Petit 1900-1978 Croire au mal c'est croire. Les Justes Solitudes Grasset Henri Petit 1900-1978 On dit du mal des femmes pour se venger de n'en rien savoir. Les Justes Solitudes Grasset Georges Poulet ChĂȘnĂ©e 1902-Bruxelles 1991 Le temps est le lieu de l'insuffisance et, par consĂ©quent, du mal et du malheur. Études sur le temps humain, Rousseau Plon Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz Montmirail 1613-Paris 1679 [
] AuprĂšs des princes il est aussi dangereux et presque aussi criminel de pouvoir le bien que de vouloir le mal. MĂ©moires Jean Rostand Paris 1894-Ville-d'Avray 1977 AcadĂ©mie française, 1959 Ce que tu redoutes n'arrivera pas, il arrivera pire. PensĂ©es d'un biologiste Stock Jean-Paul Sartre Paris 1905-Paris 1980 On ne peut vaincre le mal que par un autre mal. Les Mouches Gallimard Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues Aix-en-Provence 1715-Paris 1747 Nous n'avons ni la force ni les occasions d'exĂ©cuter tout le bien et tout le mal que nous projetons. RĂ©flexions et Maximes François Marie Arouet, dit Voltaire Paris 1694-Paris 1778 Tout mal arrive avec des ailes et s'en retourne en boitant. Correspondance, Ă  Mme de Lutzelbourg, 14 octobre 1754 Simone Weil Paris 1909-Londres 1943 Toutes les fois qu'on fait vraiment attention, on dĂ©truit du mal en soi. Attente de Dieu Fayard CicĂ©ron, en latin Marcus Tullius Cicero Arpinum 106-Formies 43 avant J.-C. Tu perds ta peine, douleur ; si importune que tu sois, je n'avouerai jamais que tu sois un mal. Nihil agis, dolor ! quamvis sis molestus, nunquam te esse confitebor malum. Tusculanes, II, 25 Commentaire CicĂ©ron prĂȘte ces mots au philosophe Posidonius. Ovide, en latin Publius Ovidius Naso Sulmona, Abruzzes, 43 avant J.-C.-Tomes, aujourd'hui ConstanĆŁa, Roumanie, 17 ou 18 aprĂšs J.-C. Je vois le bien, je l'approuve et je fais le mal. Video meliora proboque, Deteriora sequor. Les MĂ©tamorphoses, VII, 20 HĂ©rodote Halicarnasse vers 484-Thourioi vers 420 avant J.-C. N'essaie pas de guĂ©rir le mal par le mal. Histoires, III, 53 (traduction Legrand) Isocrate AthĂšnes 436-AthĂšnes 338 avant J.-C. Souvent dĂ©jĂ  de faibles causes ont produit de grands maux. Contre LokhitĂšs, 7 (traduction G. Mathieu) Platon AthĂšnes vers 427-AthĂšnes vers 348 ou 347 avant J.-C. Il n'y a rien de bon ni de mauvais sauf ces deux choses : la sagesse qui est un bien et l'ignorance qui est un mal. EuthydĂšme, 281e (traduction MĂ©ridier) Bible Vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. Ancien Testament, GenĂšse III, 5 Commentaire Citation empruntĂ©e Ă  la « Bible de JĂ©rusalem ». Bible [Puisque] je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. Saint Paul, ÉpĂźtre aux Romains, VII, 19 Coran L'homme prie pour obtenir le mal, comme il prie pour le bien. L'homme est prompt de nature. Coran, XVII, 12 ThĂ©odore Aubanel Avignon 1829-Avignon 1886 Qui chante son mal enchante. Quau canto Soun mau encanto. Commentaire Devise d'Aubanel. Franz Kafka Prague 1883-sanatorium de Kierling, prĂšs de Vienne, 1924 Une fois qu'on a accueilli le Mal chez soi, il n'exige plus qu'on le croie. Wenn man einmal das Böse bei sich aufgenommen hat, verlangt es nicht mehr, daß man ihm glaube. PrĂ©paratifs de noce Ă  la campagne Mao Zedong, Mao Tsö-tong ou Mao TsĂ©-toung Shaoshan, Hunan, 1893-PĂ©kin 1976 Il n'est pas difficile Ă  un homme de faire quelques bonnes actions ; ce qui est difficile, c'est d'agir bien toute sa vie, sans jamais rien faire de mal. Citations du prĂ©sident Mao TsĂ©-Toung, XXIV Henry Louis Mencken Baltimore, Maryland, 1880-Baltimore, Maryland, 1956 C'est un pĂ©chĂ© de penser du mal d'autrui, mais c'est rarement une erreur. It is a sin to believe evil of others, but it is seldom a mistake. A Book of Burlesques Poul Martin MĂžller Uldum, prĂšs de Vejle, 1794-Copenhague1838 Un diable est impensable ; car il rĂ©pugne au bon sens d'admettre un diable qui sache pertinemment ce qu'est le mal et qui veuille nĂ©anmoins le mal. PensĂ©es dĂ©tachĂ©es William Shakespeare Stratford on Avon, Warwickshire, 1564-Stratford on Avon, Warwickshire, 1616 Le mal que fait un homme vit aprĂšs lui ; souvent ses bonnes actions vont dans la terre avec ses os. The evil that men do lives after them, The good is oft interred with their bones. Jules CĂ©sar, III, 2, Antoine John Steinbeck Salinas, Californie, 1902-New York 1968 Les gens font toujours le mal quand ils sont trop heureux. People always do bad things when they are too happy. À un Dieu inconnu, 3 ● mal, maux (difficultĂ©s) nom masculin (latin malum) Construction Mal de / mal Ă . Mal, employĂ© substantivement avec un article ou un mot qui en dĂ©termine le sens, se construit avec de : elle a un mal de dos Ă©pouvantable ; je vous passerais bien mon mal de dents ; des calculs compliquĂ©s, qui donnent le mal de tĂȘte. Avec avoir mal, sans article, on emploie Ă  : elle a terriblement mal au dos ; j'ai mal aux dents ; des calculs compliquĂ©s qui donnent mal Ă  la tĂȘte. Emploi 1. Avoir trĂšs mal. L'emploi de avoir mal avec un adverbe est aujourd'hui passĂ© dans l'usage : j'ai trĂšs mal Ă  la tĂȘte ; elle a tellement mal Ă  la gorge qu'elle peut Ă  peine parler. → envie. 2. Pas mal (de) loc. adv. et prĂ©p. = assez de, une bonne quantitĂ© de ; assez, plutĂŽt. J'ai pas mal de travail Ă  faire. Il a gagnĂ© pas mal d'argent avec des placements. Je m'en moque pas mal. Il est pas mal arriviste. Registre familier. 3. Pas mal loc. adj. inv. = plaisant, joli, agrĂ©able, bien fait. Il est pas mal, ce film (on dit aussi, avec ne : il n'est pas mal, ce film). En ce moment, il sort avec une fille pas mal. Cet emploi trĂšs courant appartient Ă  l'expression orale relĂąchĂ©e. Recommandation Dans l'expression soignĂ©e, prĂ©fĂ©rer agrĂ©able, beau, convenable, correct, plaisant, joli, bien fait, de qualitĂ©, etc. ● mal, maux (expressions) nom masculin (latin malum) Avoir mal, Ă©prouver une souffrance physique : Avoir mal Ă  l'estomac. Familier. Ça me fait mal (au ventre, au cƓur), ça m'inspire de la peine, du regret ou du dĂ©goĂ»t. Familier. Ça me ferait mal !, jamais de la vie. Populaire. Ça va faire mal, il va y avoir de graves consĂ©quences. Donner du mal Ă  quelqu'un, lui crĂ©er des difficultĂ©s, exiger de lui de grands efforts. Être en mal de quelque chose, souffrir de l'absence de : Être en mal d'inspiration. Faire (du) mal, faire souffrir ; nuire Ă  quelqu'un ; endommager. Grand mal, forme principale d'Ă©pilepsie gĂ©nĂ©ralisĂ©e. Haut mal, mal caduc, mal comitial, mal sacrĂ©, anciens noms de l'Ă©pilepsie. Il n'y a pas de mal, ce n'est pas grave. Mal blanc, nom courant du panaris. Mal français, mal napolitain, mal espagnol, mal des Allemands, noms donnĂ©s autrefois Ă  la syphilis. Mal du pays, nostalgie Ă©prouvĂ©e par quelqu'un qui est Ă©loignĂ© de son pays d'origine. Mal du siĂšcle, Ă  l'Ă©poque romantique, mĂ©lancolie vague et dĂ©senchantement qui tourmentaient les jeunes gĂ©nĂ©rations. (A. de Musset a analysĂ© cet Ă©tat d'Ăąme, ressenti par le RenĂ© de Chateaubriand, dans la Confession d'un enfant du siĂšcle [1836].) Mettre Ă  mal, abĂźmer, dĂ©tĂ©riorer, battre, malmener. Penser Ă  mal, avoir de mauvaises pensĂ©es, des intentions mĂ©chantes. Petit mal, forme d'Ă©pilepsie gĂ©nĂ©ralisĂ©e, qui groupe en particulier les absences, les crises myocloniques et les crises akinĂ©tiques. Prendre mal, attraper une maladie, attraper froid. Sans mal, sans trop de mal, facilement, sans trop de difficultĂ©s ou sans ĂȘtre (trop) atteint, blessĂ©, etc. Se donner du mal, un mal de chien, se donner de la peine, faire des efforts. Vouloir du mal, chercher Ă  nuire. ● mal, maux (homonymes) nom masculin (latin malum) mĂąle nom masculin malle nom fĂ©minin maux mot nom masculin ● mal, maux (synonymes) nom masculin (latin malum) Ce qui est contraire au bon, Ă  la vertu ; ce...
Contraires :
Ce qui est susceptible de nuire, de faire souffrir, ce...
Synonymes :
- préjudice
Inconvénient, difficulté, problÚme, tout ce qui perturbe quelque chose
Synonymes :
- calamité
- Ă©preuve
Contraires :
- bénéfice
Souffrance physique affectant une partie du corps
Synonymes :

mal, male
adj.
d1./d Mauvais, dans les loc. bon an, mal an; bon gré, mal gré.
d2./d (En fonction d'attribut.) Contraire à la morale ou aux bienséances. C'est mal de mentir.
|| Pas mal: V. mal 2, sens 5.
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mal plur. maux
n. m.
rI./r
d1./d Douleur, souffrance physique. Avoir mal aux dents.
d2./d Maladie. La tuberculose n'est plus un mal incurable.
— Mal de Pott: tuberculose de la colonne vertĂ©brale.
— Mal blanc: panaris.
|| Indisposition, malaise.
— Avoir mal au coeur: avoir la nausĂ©e.
— Mal de mer, mal de l'air, mal des transports: malaise que l'on ressent Ă  bord d'un bateau, d'un avion, d'un vĂ©hicule en mouvement.
|| Loc. prov. Aux grands maux les grands remÚdes, se dit lorsque la gravité de la situation impose que l'on intervienne avec énergie et décision.
rII./r Peine, souffrance morale.
— Le mal du pays: la nostalgie.
— Le mal du siĂšcle: les tourments propres Ă  une gĂ©nĂ©ration (partic. la mĂ©lancolie des romantiques).
|| Fig. ĂȘtre en mal de: manquer cruellement de.
rIII/r
d1./d Difficulté, peine. Se donner beaucoup de mal (Fam., un mal de chien) pour faire une chose, pour aider qqn, etc.
d2./d Calamité, tourment. Les maux de la guerre.
|| Dommage, dégùt. Il n'y a que demi-mal.
d3./d Inconvénient. La discipline est un mal nécessaire.
rIV./r (Ne s'emploie qu'au Sing.) Parole, opinion défavorable (dans les expressions dire, penser du mal).
|| En mal: en mauvaise part. Prendre tout en mal.
rV./r (Ne s'emploie qu'au Sing.) Ce qui est contraire aux rĂšgles que la morale impose. Je le faisais sans songer Ă  mal, sans intention maligne ou mauvaise.
|| Le mal: le principe que les différents systÚmes philosophiques et religieux opposent au bien, à ce qui est considéré comme désirable, souhaitable, au regard de la morale naturelle. Les forces du mal.
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mal
adv.
d1./d D'une maniÚre défavorable, fùcheuse. Les affaires vont mal.
|| Aller mal, ĂȘtre au plus mal: ĂȘtre malade, trĂšs malade.
— Se sentir mal: Ă©prouver un malaise.
— Se trouver mal: dĂ©faillir, tomber en syncope.
d2./d D'une maniĂšre blĂąmable. Se conduire mal.
d3./d D'une maniÚre défavorable. Parler mal de qqn.
|| Prendre mal une réponse, une réflexion, etc., s'en offenser.
|| ĂȘtre mal avec qqn, ĂȘtre brouillĂ© avec lui.
d4./d D'une maniÚre incorrecte ou défectueuse. Travail mal fini.
|| D'une façon qui ne convient pas, ne sied pas. S'habiller mal.
— Venir mal à propos, à contretemps.
d5./d Loc. adv. Pas mal: assez bien, plutĂŽt bien.
|| (Avec valeur d'adj. en attribut.) Ce garçon n'est pas mal, il a des qualités (morales ou physiques).
|| (Sans négation.) Fam. En assez grand nombre; beaucoup. Il y avait pas mal de monde.
d6./d De mal en pis: en s'aggravant.

I.
⇒MAL1, MALE, adj.
A. — Vieilli. [Dans des loc., au fĂ©m. et antĂ©posĂ©] Synon. de mauvais. Souffrir de male faim. Le marchand voyageur qui craint de rencontrer Sur les chemins dĂ©serts quelque male aventure, Et qui, la nuit venue, excite sa monture (COPPÉE, ThĂ©Ăątre, t. 1, Guerre Cent ans, 1878, p. 265). Amour occit mon coeur de male lance (MORÉAS, Cantil., 1886, p. 218).
♩Male heure. Heure de la mort. Tu finiras par trouver la male heure! (LA VARENDE, Nez-de-cuir, 1936, p. 106). À la male heure (cf. malheure (Ă  la)). À la male heure pour toi, mais Ă  l'heure dĂ©sirĂ©e de ma vengeance (CHATEAUBR., Paradis perdu, 1836, p. 15).
♩Male mort. Mort violente. Mourir de male mort. Une pierre de la muraille va frapper Salisbury et lui emporte un Ɠil avec la moitiĂ© du visage (...). Un clerc normand fit de cette male mort deux chansons (A. FRANCE, J.d'Arc, t. 1, 1908, p. 147). Expr. Garde-nous de male mort (p. oppos. Ă  mourir de sa bonne mort); mourir, pĂ©rir de male mort; livrer qqn Ă  la male mort. Garde-nous, etc... S'il faut faire naufrage, Surtout de male mort (NOUVEAU, Valentines, 1886, p. 246).
♩De male rage. D'une humeur mauvaise et violente. Que le gros Hermelingue en crĂšve de male rage (A. DAUDET, Nabab, 1877, p. 209). Notre vieil aventurier et mĂ©decin (...) ayant eu vent de ce qui se publiait Ă  Paris (...) se mourait de male rage, maudissant le PĂšre Catrou qui l'avait dĂ©pouillĂ© (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 16).
— Rare. [Le subst. dĂ©signe une pers.] Jeanne la Boiteuse Ă©tait dĂ©testĂ©e des serviteurs (...) qu'elle dĂ©nonçait pour le moindre manquement, et qui l'appelaient entre eux «la male reine» (DRUON, Lis et lion, 1960, p. 241).
B. — [Dans certaines loc., au masc.] Mauvais.
♩Bon grĂ© mal grĂ©.
♩Bon an mal an.
C. — Qui n'est pas conforme au bien, à un principe moral, une convenance.
— Il est mal de. Il est mal et lñche de chercher à se distraire d'une noble douleur pour ne pas souffrir autant (VIGNY, Journal poùte, 1835, p. 1035).
— C'est mal, c'est bien mal, c'est trĂšs mal. C'est bien mal Ă  vous, M. Va-de-l'Avant, d'avoir Ă©tĂ© si long-tems sans nous donner de vos nouvelles (JOUY, Hermite, t. 4, 1813, p. 84). Mon pĂšre et ma mĂšre trouvaient trĂšs mal qu'on mariĂąt une jeune fille Ă  un vieillard (DURANTY, Malh. H.GĂ©rard, 1860, p. 210).
— Fam., rare. [P. oppos. Ă  trouver qqn bien] Trouver, juger qqn mal. Il Ă©tait des gens que ma grand'mĂšre eĂ»t trouvĂ©s tout de suite «trĂšs mal» (...), elle eĂ»t sans doute Ă©tĂ© stupĂ©faite qu'il eĂ»t rĂ©ussi Ă  ĂȘtre Ă©pousĂ© par Mlle Legrandin (...), elle dont le frĂšre Ă©tait «si bien» (PROUST, Sodome, 1922, p. 913).
♩Loc. Plutît bien que mal. Sanseverina est un personnage, plutît bien que mal (STENDHAL, Chartreuse, 1839, p. 103).
REM. 1. Mal-, élém. de compos. (auj. non productif) représentant l'adj. mauvais dans un certain nombre de subst.: a) Malchance; b) Maldonne; c) Malfaçon; d) Malheur; e) Malposition, subst. fém. Toute situation anormale d'un organe, et notamment la situation anormale d'une ou de plusieurs dents sur l'arcade alvéolaire. Dent en malposition. 2. Malement, adv. Assez mal, difficilement. Comme mes deux fermes m'en rapportent malement cinq mille [francs], mes revenus croissent (GENEVOIX, Mains vides, 1928, p. 110).
Prononc. et Orth.:[mal]. Homon. malle. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. 881 «mauvais, funeste» mals conselliers (Ste Eulalie, 5 ds HENRY Chrestomathie t. 1, 1970, p. 3); 2. 1330 «mauvais» (dans des loc. au masc.) bon grĂ© mau grĂ© (Hugues Capet, 28 ds T.-L., s.v. grĂ©); 3. 1649 «qui n'est pas conforme au bien» il est mal de (BALZ., Disc. Ă  la rĂ©gente ds LITTRÉ). Du lat. malus «mauvais, funeste, mĂ©chant»; mal adj. ne survit que dans qq. loc. et dans des composĂ©s malheur, malchance, etc., v. ces mots. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:402. FrĂ©q. rel. littĂ©r.:XIXe s.: a) 498, b) 539; XXe s.: a) 593, b) 646. Bbg. HEISIG (K.). Warum heisst es nfz. bon und mal und nicht buen und mel? Rom. Forsch. 1964, t. 76, pp. 312-333.
II.
⇒MAL2, adv.
I. — Mal + verbe ou part. passĂ©
A. — 1. D'une maniĂšre fĂącheuse, contraire Ă  l'intĂ©rĂȘt ou aux dĂ©sirs de quelqu'un. Tout va mal; ça va mal (fam.); aller au plus mal, de plus en plus mal. Il Ă©tait une fois un pauvre chemisier dont les chemises allaient bien, mais les affaires mal (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 11):
‱ 1. Tout allait mal pour les Anglais en ce moment. Le prince de Galles Ă©tait Ă  Londres, bien prĂšs de mourir; le valeureux Jean Chandos avait Ă©tĂ© tuĂ© l'annĂ©e d'avant auprĂšs de Poitiers; Jean de Grailly, captal de Buch, Ă©tait prisonnier...
BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 1, 1821-24, p. 141.
♩Vieilli. Aller Ă  mal. GĂ©rard (...) se retira le coeur navrĂ©, avec la ferme croyance que tout iroit Ă  mal aux droits rĂ©unis (BALZAC, Annette, t. 1, 1824, p. 30).
♩Mal finir. Finir d'une maniĂšre dĂ©sastreuse. [En parlant de qqn] Pauvre Justin! j'avais toujours pensĂ© que ce garçon-lĂ  finirait mal (LABICHE, Affaire rue Lourcine, 1857, XVIII, 1, p. 478). [En parlant de qqc.] Ah! vraiment c'est triste, ah! vraiment ça finit trop mal, non vraiment cela finit trop mal, vraiment c'est triste (VERLAINE, Jadis, 1884, p. 203).
♩Mal marcher (fam.). Rencontrer des difficultĂ©s. JournĂ©e de travail. Ça n'a pas trop mal marchĂ©; j'ai Ă©crit six pages, avec un certain entrain (SARTRE, NausĂ©e, 1938, p. 80).
♩Être mal parti (fam.). Être sur une mauvaise route. (Il les regarde.) Mes enfants, vous ĂȘtes mal partis. (À Hugo.). Toi, tu fais l'insolent parce que tu es le plus faible. (À Slick et Ă  Georges.) Vous, vous avez vos gueules des mauvais jours (SARTRE, Mains sales, 3e tabl., 3, p. 94).
♩S'y prendre mal. Agir maladroitement, se tromper. Il me semble qu'on s'y est mal pris, et qu'on a choisi une route opposĂ©e Ă  celle qu'il falloit suivre (LAMARCK, Philos. zool., t. 1, 1809, p. 4).
♩Mal lui en prit. Les consĂ©quences furent fĂącheuses pour lui. Les calomniateurs n'Ă©taient pas d'accord sur la somme. Mal leur en a pris, en vĂ©ritĂ©, de chercher querelle Ă  M. BarthĂ©lemy (MUSSET ds R. des Deux Mondes, 1833, p. 108).
♩Mal tomber.
♩Mal tourner.
♩Se trouver mal de qqc. Être indisposĂ© par quelque chose. Les princes d'Allemagne se trouveront mal de l'alliance du roi de Prusse et de l'empereur (STAËL, Lettres, 1791, p. 492). Fam. Ça se trouve mal. Ça tombe de façon inopportune. — C'est une invitation Ă  dĂźner, fit la jeune femme. Hein! comme ça se trouve? — Ça se trouve mal, dit le jeune homme (MURGER, ScĂšnes vie bohĂšme, 1851, p. 232).
♩Loc. De mal en pis. De plus en plus mal. Sa santĂ©, ses affaires vont de mal en pis. Le commerce des estampes allait de mal en pis, disait Blaise, qui depuis quelque temps ne voulait plus rien acheter (A. FRANCE, Dieux ont soif, 1912, p. 16).
2. a) En partic.
♩Être bien mal, fort mal, trĂšs mal; ĂȘtre mal en point; ĂȘtre, se sentir mal fichu (fam.), mal foutu (vulg.). Être trĂšs malade. Depuis quinze jours il est trĂšs-mal, a-t-il rĂ©pondu; et, dans ce moment, le dĂ©lire est revenu comme tous les soirs (KRÜDENER, ValĂ©rie, 1803, p. 234).
♩Être au plus mal. Être Ă  la derniĂšre extrĂ©mitĂ©. Le facteur (...) avertit la servante que François Baillard venait de passer une nuit trĂšs mauvaise et qu'il Ă©tait au plus mal (BARRÈS, Colline insp., 1913, p. 273).
♩Se trouver mal. DĂ©faillir, avoir un malaise. Au surplus fatiguĂ© par un catarrhe infect, et le coeur flanchard... depuis que (c'Ă©tait avant-hier) j'ai couru aprĂšs l'omnibus qui devait me mener chez les M. du Gard; couru comme un gosse, que je ne suis plus; ce dont j'ai bien dĂ» me convaincre sitĂŽt ensuite: sur la plate-forme atteinte pĂ©niblement et de justesse, j'ai cru que j'allais me trouver mal (GIDE, Journal, 1946, p. 301).
b) D'une maniĂšre inconfortable. Être mal dans un fauteuil, dans un lit. Quand on prĂ©tend nous traiter avec magnificence et nous persuader que nous sommes trĂšs bien, on nous amĂšne Ă  nous rĂ©crier sur ce que nous sommes trĂšs mal et sur ce que nous manquons de tout (LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 1, 1823, p. 366). On grelotte, on est mal; on change de place sur place, comme un bĂ©tail parquĂ© (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 32). Au fig. Me voilĂ  comme Ă  ces dix-neuf ans sur lesquels je me lamente avec sottise, car j'y Ă©tais toujours mal dans mon Ăąme et mal dans ma peau (COCTEAU, Maalesh, 1949, p. 136).
B. — D'une maniĂšre dĂ©favorable, dĂ©sobligeante, blessante. Recevoir, traiter mal qqn; ĂȘtre mal vu de qqn. Il ne savait «sur quel pied danser», se voyant tantĂŽt bien, tantĂŽt mal accueilli (DURANTY, Malh. H. GĂ©rard, 1860, p. 262).
♩Mal parler de qqn (cf. dire du mal de qqn, s.v. mal3). Parler mal de qqn. MĂ©dire, calomnier. Telles Ă©taient les lois sĂ©vĂšres de la galanterie, que tout chevalier convaincu d'avoir mal parlĂ© des dames Ă©tait exclu des assemblĂ©es et des tournois (JOUY, Hermite, t. 3, 1813, p. 4).
♩Être mal avec qqn. Être en mauvais termes. Être mal avec sa famille. — Vous ĂȘtes mal avec cet Anglais? — J'aime Zaccone et lui le dĂ©teste; nous sommes en froid Ă  cause de cela (DUMAS pĂšre, Monte-Cristo, t. 2, 1846, p. 136). Être au plus mal avec qqn. Être brouillĂ© avec lui. Jules: Il n'y a qu'un mois que tu Ă©tais au mieux avec elle. Alfred: Il y a une heure que j'y suis au plus mal (DUMAS pĂšre AngĂšle, 1834, I, 4, p. 111).
♩Se mettre mal avec qqn. Se brouiller avec lui. Ce n'est pas le moment de se mettre mal avec eux, continuait Mme Loiseau, on Ă©tait vaincu, on n'avait qu'Ă  se tenir tranquille (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 219).
♩Être mal pour qqn (vieilli). Être dĂ©sagrĂ©able, mĂ©chant. Je sais que son mari est trĂšs mal pour elle, — c'est un animal qui la rend malheureuse (MÉRIMÉE, Double mĂ©pr., 1833, p. 23).
♩Être mal en cour (vieilli ou p. plaisant.). Être en dĂ©faveur. Il a contremandĂ© un ballet dans lequel il devait danser Ă  Saint-Germain. Ceci pourrait bien mettre notre poĂšte assez mal en cour (JOUY, Hermite, t. 2, 1812, p. 9).
♩Prendre mal qqc. InterprĂ©ter quelque chose de façon blessante pour soi-mĂȘme. Prendre mal un conseil, une plaisanterie, un propos, une remarque; le prendre mal.
C. — Autrement qu'il convient.
1. De façon imparfaite, dĂ©fectueuse, insatisfaisante. L'habillement des femmes est un manteau de peau de cerf mal tannĂ©e (Voy. La PĂ©rouse, t. 2, 1797, p. 271). Un tailleur qui vous explique pourquoi un vĂȘtement qui vous va trĂšs mal vous va trĂšs bien (RENARD, Journal, 1906, p. 1045). Je vis que le mĂ©nage Ă©tait mal fait. Je touchai, par caprice, un des balustres: le doigt laissa une marque dans la poussiĂšre (G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 69).
SYNT. Travail mal fait; maison mal construite; place mal pavée; route mal empierrée; paroles mal comprises, mal rapportées; mal comprendre des propos, un texte; mal connaßtre qqn; raisonner mal; dormir mal; jouer mal la comédie, du violon; parler mal français; mal dire, mal exprimer qqc.
— Locutions
♩Tant bien que mal ou, vieilli, que bien que mal. Ni bien ni mal. Vous autres, vous chanterez le refrain avec moi, tant bien que mal, comme vous pourrez (GUILBERT DE PIXÉR., Coelina, 1801, II, 4, p. 31).
Plutît mal que bien. L'acrobate arrive à continuer son impossible vie et, vaille que vaille, à en atteindre le bout qui est la mort. Tant bien que mal (plutît mal que bien), le vivant finit par accomplir son destin (JANKÉL., Le Mal, Grenoble-Paris, Arthaud, 1943, p. 17).
♩Cote mal taillĂ©e.
2. D'une façon anormale, Ă©loignĂ©e du modĂšle, de la norme. Arbre mal venu; ĂȘtre mal balancĂ©(e), mal bĂąti(e) (fam.), mal fichu(e) (fam.), mal foutu(e) (vulg.). Si dĂ©charnĂ© et voĂ»tĂ© qu'il fĂ»t, il ne me paraissait point trop mal fait de sa personne (MILOSZ, Amour. initiation, 1910, p. 13). La petite prend ses dix-sept ans, elle n'est pas mal tournĂ©e, tant s'en faut! (POURRAT, Gaspard, 1925, p. 13).
3. D'une façon qui choque les convenances ou le goĂ»t. Être mal fagotĂ©(e), mal habillĂ©(e), mal mis(e), mal tenu(e), mal Ă©levĂ©, mal poli ; rĂ©pondre mal ; se tenir mal. — Rien ne vous va plus mal que de trop crĂȘper vos cheveux, reprit Justine. Les grosses boucles bien lisses vous sont plus avantageuses. — Vraiment? — Mais oui, madame, les cheveux crĂȘpĂ©s clair ne vont bien qu'aux blondes (BALZAC, Peau chagr., 1831, p. 161). J'Ă©tais mal vĂȘtu, mal coiffĂ©, mal rasĂ©; je n'avais aucun souci de plaire (GIDE, Journal, 1905, p. 164).
♩Fam. Marquer mal. Faire mauvaise impression par sa tenue. Un homme (...) de vingt Ă  vingt cinq ans (...) chapeau melon, cravate claire, veston court, marquant mal (GYP, Gde vie, 1891, p. 98). Emploi subst., rare. Un marque-mal. DĂšs que j'Ă©tais pour une heure Ă  mon hĂŽtel du Corso Vittorio-Emanuele, quelque marque-mal se disant proche parent de la mamma venait me demander un secours (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p.211).
♩Vulg. Ça la fout mal (v. foutre1), la fiche mal. Cela fait mauvais effet.
D. — D'une maniĂšre contraire Ă  la loi morale, Ă  la vertu, au bien. Agir, se comporter mal; distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal; mal famĂ©, mal frĂ©quentĂ©. Tout homme qui jouit d'une prospĂ©ritĂ© mal acquise a fait un pacte avec l'Esprit de TĂ©nĂšbres, et lĂ©guĂ© son ame aux enfers (CHATEAUBR., GĂ©nie, t. 2, 1803, p. 169):
‱ 2. C'est un fait incontestable que, quand nous avons bien ou mal fait, quand nous avons accompli la loi du juste et de l'injuste ou que nous l'avons enfreinte, nous jugeons que nous mĂ©ritons une rĂ©compense ou une punition...
COUSIN, Hist. philos. XVIIIe s., t. 2, 1829, p. 261.
♩Mal se conduire avec qqn. Se conduire d'une façon malhonnĂȘte ou incorrecte. Le plus important dans les visites immĂ©diates c'est d'aller chez Herr — avec qui je me suis si mal conduit (DU BOS, Journal, 1923, p. 379).
♩Il sied mal de + inf. Ce n'est pas bien de. Ah! prince, qu'il vous sied mal de nous tromper ainsi! (MUSSET, Fantasio, 1834, II, 7, p. 232).
E. — [Avec le sens d'une nĂ©gation affaiblie] Une fausse dĂ©marche, une parole gauche prononcĂ©e mal Ă  propos, pouvaient dĂ©truire Ă  jamais tout le prestige (LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 2, 1823, p. 12). La salle du thĂ©Ăątre des Carmes Ă©tait rectangle et mal commode (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 26).
♩Être mal Ă  l'aise. Entre ces murs Ă©pais je suis mal Ă  mon aise; Cet air, qui vous suffit, Ă  ma poitrine pĂšse (DUMAS pĂšre, Charles VII, 1831, I, 4, p. 243).
II. — Loc. adv. Pas mal
A. — [En alliance avec ne, avec le sens d'un adv. de qualitĂ©] Pas mal du tout. Assez bien, bien. — Qu'en dis-tu? ajouta-t-il quand elles furent passĂ©es. L'as-tu bien vue? — Oui... — Eh bien? — Elle n'est pas mal (FLAUB., 1re Éduc. sent., 1845, p. 106). Il n'est pas mal. Il est mĂȘme bien. C'est un 25 paysage. Cela vaut vingt-cinq mille francs (DUHAMEL, Passion J. Pasquier, 1945, p. 77).
— [Avec ell. du verbe et donc de ne] Brotonneau: Et votre femme va bien? Lardier: Pas mal (FLERS, CAILLAVET, M. Brotonneau, 1923, III, 4, p. 20).
B. — [En dehors de ne, avec le sens d'un adv. de quantitĂ© compris entre assez et beaucoup] Se ficher, se moquer pas mal de qqn. Nous Ă©tions pas mal en Europe Ă  vouloir cogner (GIRAUDOUX, Siegfried et Lim., 1922, p. 24).
♩Pas mal de + qqc. Beaucoup de. Avoir pas mal d'argent Ă  la banque. Elle a lu d'excellents livres, elle a dĂ» entendre pas mal de sermons, et il se pourrait que sa mĂ©moire fĂ»t tout son gĂ©nie (BREMOND, Hist. sent. relig., t. 3, 1921, p. 572).
Rem. Emploi considĂ©rĂ© comme fam., quoique trĂšs rĂ©pandu. LITTRÉ enregistre uniquement, en le dĂ©clarant Ă©galement ,,fam.``, l'emploi quantitatif en alliance avec ne: Il n'y avait pas mal de curieux Ă  ce spectacle. Cf. Il n'est pas mal effrontĂ© (DG).
Rem. gĂ©n. 1. [PrĂ©cĂšde, pour en inverser le sens ou pour ajouter une idĂ©e nĂ©gative, un assez grand nombre d'adj. ou de part. employĂ©s adj.: maladroit, malaisĂ©, malappris, malgracieux, malhabile, malintentionnĂ©, malpropre, malvenu, etc. En a. fr. mal adv. pouvait s'utiliser avec un adj. (infra Ă©tymol. 2 a); auj. non productif. Sur la forme mau- devant consonne, plus arch., v. maudit, maussade, mauvais] Malcomplaisant, -ante, adj. Non complaisant (nĂ©ol. ds DG). Mal croyant, -ante, adj. Qui est hors de la foi reconnue par l'Église, une Église. On craignit que vraiment Jeanne, comme tant de savants docteurs le soutenaient, ne fĂ»t hĂ©rĂ©tique, mal croyante, sĂ©duite par le prince des tĂ©nĂšbres (FRANCE, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. LVI). Mal nĂ©, -Ă©e, adj. Qui n'est pas de famille noble. Monsieur de Restaud a une mĂšre qui mangerait des millions, une femme mal nĂ©e, une demoiselle Goriot (BALZAC, Gobseck, 1830, p. 380). Mal pensant, -ante, adj. Dont la pensĂ©e n'est pas conforme Ă  l'idĂ©ologie religieuse, politique ou sociale en cours. À qui la faute si cet argent tombe dans les mains de gens mal pensants, c'est-Ă -dire dans les mains de ton neveu, un impie qui, en 1815, a fait partie de ce rĂ©giment de brigands appelĂ©s corps franc levĂ© contre les Prussiens? (STENDHAL, Lamiel, 1842, p. 38). Mal portant, -ante, adj. Qui n'a pas une bonne santĂ©. Femme mal portante. Elle a Ă©tĂ© indisposĂ©e et nous mal portants, ces derniers jours. Nous allons mieux les uns et les autres (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Reeve], 1851, p. 118). Mal rasĂ©, -Ă©e, adj. Qui ne prend pas soin de se raser, ou qui le fait mal. J'achĂšve de vivre, en robe de chambre, (...) prĂšs d'une table couverte de potions, mal rasĂ©, malodorant (MAURIAC, Noeuds vip., 1932, p. 21). 2. [En partic. prĂ©cĂšde un part. passĂ© ou prĂ©s. employĂ© subst.: malentendant] Mal-aimĂ©, -Ă©e, subst. ,,Personne ou groupe qui est ou se sent impopulaire ou tenu Ă  l'Ă©cart: Ce mal-aimĂ© du cinĂ©ma...`` (GILB. 1971). Et je demeure persuadĂ© que la province recĂšle, encore maintenant, dans le secret de ses maisons, plus de «mal-aimĂ©s» que nous n'en imaginerons jamais (MAURIAC, Nouv. Bloc-notes, 1961, p. 210). Mal(-)blanchi, subst. masc. NĂšgre. Sur des tambours de bois, (...) des mal-blanchis, Ă  cheval, battirent aussitĂŽt le rappel (MORAND, Magie noire, 1930, p. 59). Mal-disant, -ante, subst. Personne qui dit ou aime Ă  dire du mal des autres. C'est un mal disant, voyez-vous, mais sans plus de mĂ©chancetĂ© qu'un enfant (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 279). Mal embouchĂ©, -Ă©e, subst., fam. Personne qui parle grossiĂšrement. En voilĂ  un mal embouchĂ©!... A-t-on jamais vu! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, I, 21, p. 24). Mal-fondĂ© (p. oppos. Ă  bien-fondĂ©), subst. masc. Ce qui est mal Ă©tabli. On discutait du bien ou mal-fondĂ© des croyances (G. BATAILLE, Exp. int., 1943, p. 40). Mal-foutu, -ue, subst. Personne qui est en mauvaise forme physique. Nous avons Ă©tabli entre le corps mĂ©dical, que la guerre pouvait ĂȘtre faite avec des mal foutus (BERNANOS, Enf. humil., 1948, p. 24). Mal-logĂ©, -Ă©e, subst. Personne dont le logement est de dimension ou de confort insuffisants. Les reprĂ©sentants des locataires rĂ©clamaient une politique du logement rĂ©pondant aux besoins des mal-logĂ©s (Le Monde, 10 juill. 1965 ds GILB. Mots contemp. 1980). Mal-mariĂ©, -Ă©e, subst. Personne qui a fait un mauvais mariage. Au XIIe s., toutes les hautes dames se considĂšrent comme des «mal-mariĂ©es» (R. NELLI, L'Amour en question ds PlanĂšte, n° 30, sept.-oct. 1966, p. 107). Mal-nĂ©, -Ă©e, subst., rare. Personne qui est de mauvaise constitution. Ce sentiment, quel est donc celui, sinon un infirme, un mal-nĂ©, qui ne le retrouve dans son Ăąme? (BARRÈS, Cahiers, t.8, 1910, p.185). Mal-peignĂ©, -Ă©e, subst. ,,Homme malpropre et mal vĂȘtu`` (Ac.). Je m'en allai au clos Saint-Laze, avec quelques mal-peignĂ©s de mon Ăąge (ARÈNE, Contes Paris, 1887, p.209). Mal-pensant, -ante (p. oppos. Ă  bien-pensant A 1), subst. Par les temps oĂč nous vivons on ne peut savoir, ajouta-t-il en jetant un regard circulaire et circonspect comme pour voir s'il ne se trouvait aucun «mal pensant» dans le salon (PROUST, Guermantes 1, 1920, p.215). Mal-voyant, -ante, subst. Personne qui voit mal. L'association des donneurs de voix offre aux aveugles et aux mal-voyants la possibilitĂ© d'Ă©couter gratuitement les livres de leur choix (La Vie du rail, 31 mars 1974 ds GILB. Mots contemp. 1980). 3. [Dans des subst. dĂ©rivĂ©s d'adj. et de part.: malchance, maldonne, malfaisance, malhonnĂȘtetĂ©, malpropretĂ©, malformation]. 4. [Devant un inf., le groupe mal + inf. Ă©tant employĂ© subst.] Mal(-)ĂȘtre (p. oppos. Ă  bien-ĂȘtre), subst. Sensation de malaise. Ces dispositions vagues de bien ĂȘtre ou de mal ĂȘtre, que chacun Ă©prouve journellement (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t.1, 1808, p.95). Au fig. 24% des femmes avouent encore qu'elles auraient prĂ©fĂ©rĂ© ĂȘtre un homme (...) ce qui en dit long sur leur mal-ĂȘtre dans la sociĂ©tĂ© (L'Express, 18 dĂ©c. 1967 ds GILB. Mots contemp. 1980). Mal-vivre, subst. Pays du mal-vivre. Pays oĂč l'on vit mal. Pays du mal-vivre, du mal-loger, du mal-manger, du mal-s'asseoir et du mal-dormir (MORAND, Londres, 1933, p.110).
Prononc. et Orth.:[mal]. Homon. malle. Att. ds Ac. dep. 1694. Les mots constr. sont gĂ©n. soudĂ©s: maladroit, malaisĂ©, malcommode, malhabile, malchance, malentendu, malfaçon, malheur, malnutrition, malmener, etc. Certains sont sĂ©parĂ©s (il y a ou non trait d'union): mal pensant, mal disant, mal(-)blanchi, mal-aimĂ©, mal-logĂ© (oĂč la prĂ©sence des 2 l empĂȘche peut-ĂȘtre la soudure) mal-mariĂ©, etc. (supra rem. gĂ©n.). Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 «d'une maniĂšre fĂącheuse ou dĂ©favorable» (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 216: Ne ben ne mal ne respunt); ca 1155 malvenue (WACE, St Nicolas, Ă©d. E. Ronsjö, 1270); fin XIIe s. aller de mal en pis (Raoul de Cambrai, Ă©d. P. Meyer et A. Longnon, 7951); 1536 mal en point (ROGER DE COLLERYE, Oeuvres, Ă©d. Ch. D'HĂ©ricault, 151); 2. a) ca 1155 devant un adj., Ă©quivaut Ă  une nĂ©gation totale (WACE, op. cit., 520); ca 1200 id. devant un verbe (Aiol, Ă©d. J. Normand et G. Raynaud, 1979); b) 1273 avec valeur de nĂ©gation affaiblie (ADENET LE ROI, Berte, Ă©d. A. Henry, 730); 3. ca 1245 «de façon incomplĂšte, imparfaite» mal ... empli (PH. MOUSKET, Chron., Ă©d. de Reiffenberg, 19950); av. 1654 personne ... mal faite (BALZ., I, 340 ds LITTRÉ); 4. 1361 «d'une maniĂšre contraire Ă  la morale» faire mal (ORESME, Ethiques, Ă©d. A. D. Menut, X, chap. I, p. 496, note 3); 5. pas mal loc. adv. a) 1661 «en assez grande quantité» (MOLIÈRE, École des maris, II, 8); b) 1764 «assez bien» (VOLTAIRE, Dict. philos. Dieu ds ƒuvres complĂštes, Ă©d. L. Moland, t. 18, p. 381). Du lat. male «mal, autrement qu'il ne faut; de façon fĂącheuse» lui-mĂȘme de malus, v. mal1. FrĂ©q. abs. littĂ©r.:18 111. FrĂ©q. rel. littĂ©r.:XIXe s.: a) 22370, b) 24125; XXe s.: a) 26596, b) 29006. Bbg. BASTIN (J.). Adv. de maniĂšre. In: Nouv. glanures gramm. Riga, 1907, p. 29. — DARM. 1877, p. 140. — GOOSSE 1975, p. 25. — LEW. 1968, p. 147.
III.
⇒MAL3, MAUX, subst. masc.
I. — Tout ce qui fait souffrir, physiquement ou moralement.
A. —Souffrance qui affecte le corps.
1. [De maniĂšre temporaire] Douleur passagĂšre. Mal, maux de gorge, de tĂȘte; maux d'estomac, de reins; avoir mal aux pieds, Ă  la poitrine, au ventre. «Eh bien! c'est donc le mal de dents, m'a-t-il dit.» En effet, il avait une violente fluxion; sa joue droite Ă©tait enflĂ©e et fort rouge (LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 2, 1823, p. 223).
♩Mal blanc. Infection localisĂ©e de la pulpe des doigts. Synon. panaris. (Ds DURANTEAU 1971).
♩Mal perforant. LĂ©sion ulcĂ©reuse. Maux perforants plantaires. Le mal perforant est une ulcĂ©ration arrondie ou ovalaire prĂ©sentant des bords saillants et taillĂ©s Ă  pic avec un fond atone (QUILLET MĂ©d. 1965, p. 354).
♩Avoir mal au coeur. NausĂ©e d'origine gastrique, sans rapport avec le coeur. Oh! dit-elle, j'ai un peu mal au coeur... (...) et puis j'ai la tĂȘte qui me tourne (RAMUZ, Derborence, 1934, p. 61). Au fig. Tu dĂ©goĂ»tes ma famille, maman surtout, et dĂšs qu'elle pense Ă  toi, elle a mal au coeur (RENARD, Poil Carotte, 1894, p. 203).
♩Avoir mal aux cheveux (au fig., fam.). Avoir la tĂȘte lourde un lendemain de fĂȘte (d'apr. CARABELLI, [Lang. fam.], s.d.).
♩Être dans les mals (vx). ,,Être dans les douleurs de l'enfantement`` (CARABELLI, [Lang. pop.], s.d.).
♩Prendre mal, du mal. Tomber malade. Comment donc avait-elle pris mal? Ne la laissez pas courir Ă  volontĂ©, quelque temps qu'il fasse (E. DE GUÉRIN, Lettres, 1840, p. 347). Tu es mouillĂ©, trempĂ©. De quoi prendre du mal. Viens, j'ai du lait chaud sur le feu, avec une goutte de cafĂ© (DUHAMEL, Terre promise, 1934, p. 66).
♩Faire mal à qqn
Fam. et pop. Cela/ça me fait mal au coeur, au ventre, au(x) sein(s). Cela me degoĂ»te, me donne envie de vomir. On rit. L'homme noir s'en offusqua. Il se leva. — Vous m'faites mal au ventre, articula-t-il avec mĂ©pris (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 15). [Au cond. et sans compl.] Ça me ferait mal! Il n'en est pas question. [À la forme pronom.] Tous les Ă©lĂšves l'applaudissent Ă  se faire mal aux mains (LARBAUD, F. Marquez, 1911, p. 47).
GĂȘner, incommoder. Elle se fardait, mettait son corsage neuf et ses beaux souliers qui lui faisaient mal (DABIT, HĂŽtel Nord, 1929, p. 138).
—Expressions
♩Être dur au mal. Être capable de supporter la souffrance, la fatigue, l'inconfort. Il est dur au mal, insoucieux du confortable (...), enchantĂ© d'ĂȘtre au milieu de soldats de seconde classe et non d'officiers (MONTHERL., Songe, 1922, p. 40).
♩(Femme) en mal d'enfant (vx). En train d'accoucher. En se trouvant placĂ© par le comte devant une femme en mal d'enfant, le rebouteur recouvra toute sa prĂ©sence d'esprit (BALZAC, Enf. maudit, 1831-36, p. 358).
— En partic.
♩Mal de l'air, du rail, de la route. Malaises ressentis au cours d'un voyage en avion, en train, en voiture. Mal des transports. ,,Ensemble des troubles observĂ©s chez certains passagers d'un vĂ©hicule en mouvement`` (MĂ©d. Flamm. 1976). Un nouveau mĂ©dicament destinĂ© Ă  prĂ©venir les inconvĂ©nients causĂ©s par le mal des transports (...) vient d'ĂȘtre lancĂ© sur le marchĂ© amĂ©ricain par une sociĂ©tĂ© pharmaceutique suisse (L'Est RĂ©publicain, 11 juill. 1981, p. 1).
♩Mal de mer. Malaise provoquĂ© par les mouvements du bateau et donnant des maux de tĂȘte, des nausĂ©es, des vomissements. Le mal de mer le prit. Chacun connaĂźt les effets de cette maladie: la plus horrible de ses souffrances sans danger est une dissolution complĂšte de la volontĂ© (BALZAC, Contrat mar., 1835, p. 326). P. mĂ©taph. Je vous avoue que les disputes littĂ©raires me donnent le mal de mer. Cela manque de grĂące et de rĂ©sultats (VALÉRY, Entret. [avec F. LefĂšvre], 1926, p. 25).
♩Mal des montagnes. ,,Malaises causĂ©s par la rarĂ©faction de l'oxygĂšne en altitude`` (VILLEN. 1974). Les plus vaillants dĂ©faillirent, et le vertige, ce terrible mal des montagnes, dĂ©truisit non seulement leurs forces physiques, mais aussi leur Ă©nergie morale (VERNE, Enf. cap. Grant, t. 1, 1868, p. 107).
2. [De maniÚre chronique ou répétitive] Douleur continue ou récurrente manifestant une maladie souvent grave, parfois mortelle. Affreux mal; mal cruel, implacable, irrémédiable; endurer, enrayer le mal. Cet enfant si beau, si sage et déjà si cultivé était secrÚtement atteint du mal horrible qui lui valut son surnom de Baudouin le Lépreux (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 210):
‱ 1. À la suite de crises rĂ©pĂ©tĂ©es, son corps entier se prenait, le mal montait des pieds aux genoux, puis aux coudes et aux mains. (...) C'Ă©tait maintenant la goutte chronique, inguĂ©rissable, la goutte qui ankylose et qui dĂ©forme.
ZOLA,Joie de vivre, 1884, p. 938.
♩Mal de mort. Vouloir mal de mort Ă  qqn. DĂ©sirer sa mort. Il avait beaucoup tardĂ© Ă  publier les oeuvres de son oncle, et il voulait mal de mort Ă  ceux qui l'avaient devancĂ© dans cette tĂąche (A. FRANCE, Vie littĂ©r., t. 1, 1888, p. 306).
♩Mauvais mal (vx). Maladie mortelle considĂ©rĂ©e comme un flĂ©au Ă  une Ă©poque donnĂ©e. Chaque Ă©poque a connu son «mauvais mal» auquel s'accrochait une effrayante mythologie (...). Ce fut, au Moyen Âge, la peste noire, dĂ©trĂŽnĂ©e par le cholĂ©ra, puis par la tuberculose (...) le cancer a pris sa succession et assumĂ© son hĂ©ritage d'Ă©pouvantement (L'Est RĂ©publicain, 15 oct. 1980, p. 1). Pop. Maladie quelconque. Tu vas te faire venir du mauvais mal, la Torine... Tu seras bien avancĂ©e? (MARTIN DU G.., Testament P. Leleu, 1920, II, p. 1153).
♩Mourir du mal. Mourir d'une certaine maladie. Elle est morte du mal. On appelle ça: «le mal», mais c'est une vapeur; ça prend les gens d'Ăąges. Ils ont les «trois sueurs», le «point de cĂŽté» puis, ça s'arrache tout, lĂ -dedans et ils meurent (GIONO, Regain, 1930, p. 25).
♩Aller Ă  mal (vx). Être atteint d'une mauvaise maladie. C'est lĂ  que nous avons mangĂ© notre pain blanc en premier, car il me semble que je vais Ă  mal. Je suis bien malade, Jacques (BALZAC, Pierrette, 1840, p. 124).
♩Mal caduc, comitial, sacrĂ© ou haut mal. Épilepsie. Ce pauvre petit corps de fillette poitrinaire et peut-ĂȘtre atteinte du mal sacrĂ© (SUARÈS, Voy. CondottiĂšre, t. 3, 1932, p. 255). Tomber du haut mal. P. mĂ©taph. Je ne veux pas ĂȘtre une sotte grue et tomber du haut mal d'admiration. Je m'attache Ă  peindre les personnages en conscience (CHATEAUBR., MĂ©m., t. 2, 1848, p. 649).
♩Mal divin. Peste. Synon. vieilli de grand mal. (Ds MĂ©d. Biol. t. 2 1971). Hippocrate l'appela [la peste] le mal divin, et Thucydide le feu sacrĂ©; ils la regardĂšrent tous deux comme le feu de la colĂšre cĂ©leste (CHATEAUBR., MĂ©m., t. 4, 1848, p. 59).
♩Mal noir. ,,Charbon`` (MĂ©d. Biol. t.2 1971). Les camarades lui conseillĂšrent de mouiller sans cesse la blessure pour empĂȘcher le mal noir (MAUPASS., Contes et nouv., t. 1, En mer, 1883, p. 97).
♩Mal de (+ nom propre, subst. ou adj.). Maladie de. Mal des ardents (v. ardent II B). Mal de Bright. NĂ©phrite. Il lui trouva de l'asthme, une bronchite, et le mal de Bright (MAUROIS, DisraĂ«li, 1927, p. 294). Mal de Pott. Tuberculose vertĂ©brale. Un enfant a le mal de Pott. Il va Ă  Berck (BARRÈS, Cahiers, t. 9, 1911, p. 178).
♩Mal + dĂ©terminants variĂ©s (vieilli). Mal espagnol, français, italien, de Sicile. Syphilis. J'ai guĂ©ri la fiĂšvre pestilente, la podagre, l'hydropisie et le mal français (ARNOUX, Seigneur, 1955, p. 111).
♩Mal (de) (+ nom de saint). Affections diverses, le saint en question Ă©tant censĂ© guĂ©rir l'affection qu'il servait Ă  nommer. Il Ă©tait mort en effet de la dyssenterie et des hĂ©morrhoĂŻdes, qu'on nommait alors le mal saint Fiacre (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 371). Nicolas Remy atteste que le mal St. Jean Ă©tait l'Ă©pilepsie, le mal St. Antoine le «feu sacré» ou Ă©rysipĂšle, le mal St. Manne l'impĂ©tigo, et le mal St. Anastase la folie (E. DELCAMBRE, Le Concept de sorcellerie dans les duchĂ©s de Lorraine au XVIe et au XVIIe s., Nancy, Soc. d'archĂ©ol. lorr., 1949, p. 50).
— Expressions
♩Prendre son mal en patience. Supporter son mal avec courage. Au fig. Je prends mon mal en patience, je me livre avec courage Ă  des travaux qui finiront par me rendre indĂ©pendant (HUGO, Lettres fiancĂ©e, 1820, p. 15).
♩Plus de bruit que de mal. Plus de bruit et d'agitation que de dĂ©gĂąts rĂ©els. Comme il arrive dans ces Ă©chauffourĂ©es, il y eut plus de bruit que de mal. Une dizaine de juifs environ demeuraient sur le carreau (THARAUD, FĂȘte arabe, 1912, p. 193).
♩Rendre le remĂšde pire que le mal. Utiliser des produits aux effets plus nocifs que la maladie qu'on cherche Ă  combattre. Bergotte (...) essaya avec succĂšs, mais avec excĂšs, de diffĂ©rents narcotiques, (...) tous les produits (...) Ă©taient toxiques et par lĂ  rendaient le remĂšde pire que le mal (PROUST, Prisonn., 1922, p. 186).
♩Tomber de fiĂšvre en chaud mal (vx). Aggraver son cas. Au fig. Aujourd'hui un trĂšs grand nombre de propriĂ©taires, pour ne pas dire presque tous, honteux de leur oisivetĂ©, travaillent, Ă©pargnent, capitalisent. C'est tomber de fiĂšvre en chaud mal (PROUDHON, PropriĂ©tĂ©, 1840, p. 288).
B.—Souffrance vĂ©cue sur les plans affectif, psychique, moral. Synon. chagrin, dĂ©ception, dĂ©sillusion, peine, tourment. Mal de l'absence, de l'exil; mal d'amour, de langueur; avoir mal Ă  l'Ăąme. L'idĂ©e que cet homme est son amant me fait un mal affreux (DUMAS fils, Dame Cam., 1848, p. 136). Connais-tu point quelque remĂšde spĂ©cifique, ou quelque corps exactement antidote, pour ce mal d'entre les maux, ce poison des poisons (...) l'ennui de vivre? (VALÉRY, Eupalinos, 1923, p. 34).
♩Doux mal, mal dĂ©licieux. Tourment d'amour. Des romans de coeur pleins d'amoureuses peines, OĂč l'art sait retracer, sous l'Ă©clat de nos moeurs, Ce mal dĂ©licieux dont je sens que je meurs (SAINTE-BEUVE, PoĂ©s., 1829, p. 113). Sa chanson (...) tĂ©moignant sincĂšrement (...) du doux mal qu'on souffre en aimant (VERLAINE, ƒuvres compl., t. 1, Bonne chans., 1870, p. 103).
— En partic.
♩Mal du pays. Regret profond du pays natal qu'on a quittĂ©, de la patrie. Synon. nostalgie. Cette langueur d'ame qu'on Ă©prouve hors de sa patrie; (...) le mal du pays. C'est vĂ©ritablement un mal, et qui ne se peut guĂ©rir que par le retour (CHATEAUBR., GĂ©nie, t. 1, 1803, p. 228).
♩Mal du siĂšcle. État de malaise, de tristesse, de dĂ©goĂ»t de vivre manifestĂ© par la jeunesse romantique, et que Chateaubriand a peint dans le personnage de RenĂ©; p. anal., malaise particulier qui atteint plus ou moins les jeunes gĂ©nĂ©rations. DĂ©sormais, le nouveau «mal du siĂšcle» avait un nom; il Ă©tait fait de la nostalgie d'un Ăąge d'or, celui de l'enfance (BENDA, Fr. byz., 1945, p. 56).
♩Mal de vivre. DifficultĂ© d'ĂȘtre. Sentir le mal de vivre. Le prĂ©sent volume qui n'est lui-mĂȘme qu'une longue digression sur le mal de vivre, sur l'infernale disgrĂące de subsister (BLOY, Femme pauvre, 1897, p. 111). P. ext. Mal de l'Ă©tĂ©. Mal de l'Ă©tĂ© et du «beau fixe», (...) mĂ©lancolie des jours fĂ©riĂ©s (JANKÉL., L'Aventure, l'ennui, le sĂ©rieux, Paris, Ă©d. Montaigne, 1963, p. 99).
— [P. anal. avec (avoir) mal Ă  la gorge, Ă  la tĂȘte, etc.] Mal Ă  la France. Le mal Ă  la France atteint Ă  l'aigu quand le Canard enchaĂźnĂ© (...) orchestre depuis son officine le dĂ©bat public (Le Figaro Magazine, 26 avr. 1980, p. 21).
♩Avoir mal de + inf. J'ai mal de tenir tant à vous (MONTHERL., Encore inst. bonh., 1934, p. 698).
— Être en mal de qqn, de qqc. Souffrir de l'absence de quelqu'un, de quelque chose; p. ext., dĂ©sirer, avoir besoin de. Être en mal d'amour, d'enfant, de guerres, de poĂ©sie, de promenade, de publicitĂ©, de renseignements. Des groupes en mal d'espace, en quĂȘte de territoires (VIDAL DE LA BL., Princ. gĂ©ogr. hum., 1921, p. 46). Ce grand flot parfumĂ©, satinĂ©, voluptueux, des femmes de Lima en mal de frivolitĂ©s, de libertĂ©, de plaisirs dĂ©fendus (MORAND, Dern. jour Inquis., 1947, p. 247).
— Faire mal (fam.). Faire pitiĂ©, agacer, ennuyer. Tu me fais mal! Tu me fais mal Ă  + inf. Ah! (...) tu nous fais mal Ă  rabĂącher trente-six fois la mĂȘme chose (Le Petit Parisien ds BRUANT 1901).
II. — P. ext. [FrĂ©q. avec le partitif] Tout ce qui est contraire au bien-ĂȘtre, Ă  l'Ă©panouissement; tout ce qui est mauvais, dommageable, nĂ©faste (aux ĂȘtres ou aux choses).
A. —[Dommageable aux ĂȘtres]
1. Ce qui est mauvais dans les ĂȘtres ou les choses. Les maux du despotisme, de l'intolĂ©rance. Tout ce qui diminue l'indĂ©pendance du clergĂ© est un mal, et un trĂšs grand mal (LAMENNAIS, Religion, 1826, p. 235). Voltaire avait bien vu. C'est le fanatisme qui est le mal humain; et ce n'est que l'esprit qui pense convulsivement par une ambition trop prompte et aussitĂŽt déçue (ALAIN, Propos, 1931, p. 993).
— Le mal, le grand mal, le plus grand mal, le plus grand des maux. Le mal, le grand mal, c'est que nous ne sommes point de notre siĂšcle (CHATEAUBR., Essai RĂ©vol., t. 1, 1797, p. 11). Le nonce Bargellini (...) disait: «Le mal en France, c'est qu'on n'Ă©tudie pas assez la scolastique (...)» (SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 4, 1859, p. 314). Le plus grand des maux, cause de tous, c'Ă©tait encore l'anarchie (BAINVILLE, Hist. France, t. 1, 1924, p. 187).
♩Fam., exclam. Le grand mal! Quel dommage à cela? Bon! Quand vous lui auriez dit quelques paroles en l'air, le grand mal! (NERVAL, Filles feu, Corilla, 1854, p. 672).
— Il n'y a pas de mal (Ă  ça). [Formule de politesse (en rĂ©ponse Ă  qqn qui demande qu'on l'excuse)]
— Au plur. [À propos de mĂ©faits qui entraĂźnent la ruine matĂ©rielle et la misĂšre morale] L'auteur, la cause de tous nos maux; souffrir, supporter de grands maux; vivre avec ses maux. Chacun jeĂ»nait et se mortifiait afin d'obtenir du ciel la fin de tant de maux; la France Ă©tait, depuis deux ans, ravagĂ©e et mise Ă  feu et Ă  sang (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 3, 1821-24, p. 278):
‱ 2. L'affaire Pyrot (...) doit rester secrĂšte. Si elle Ă©tait divulguĂ©e, les maux les plus cruels, guerres, pillages, ravages, incendies, massacres, Ă©pidĂ©mies, fondraient immĂ©diatement sur la Pingouinie.
A. FRANCE, Île ping., 1908, p. 299.
♩Proverbes. De, entre deux maux il faut choisir le moindre. Je lui ai dit qu'il n'y avait qu'un hĂ©roĂŻsme, celui de faire souffrir (...), que, comme entre deux maux il faut choisir le moindre, il valait mieux ĂȘtre bandit qu'honnĂȘte homme (RIVIÈRE, Corresp. [avec Alain-Fournier], 1907, p. 313).
♩Aux grands maux les grands remĂšdes. Les grandes difficultĂ©s appellent des solutions radicales. Quand nous nous rĂ©criions contre une telle perfidie et une telle ingratitude, ils nous rĂ©pondaient:Aux grands maux, les grands remĂšdes (LAS CASES, MĂ©mor. Ste-HĂ©lĂšne, t. 1, 1823, p. 949).
♩C'est le plus grand des maux que + inf. C'est le plus grand des maux qu'ĂȘtre sans caractĂšre (LAYA, Ami loix, 1793, II, 4, p. 42).
2. a) Faire du mal Ă  qqn. Lui nuire. Au commencement de l'action, la cavalerie turque de Damas leur fit beaucoup de mal en les criblant de flĂšches, selon sa coutume (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 68).
♩Faire moins de mal que de peur. Causer de la frayeur plutĂŽt que des maux rĂ©els. Un tribunal frappe avec lenteur et fait moins de mal que de peur (A. FRANCE, Dieux ont soif, 1912, p. 118).
—[À la forme nĂ©gative] Ne faire aucun mal. Ne pas molester. Le chef de la bande rassura les voyageurs en leur disant qu'il ne leur seroit fait aucun mal (BALZAC, Annette, t. 1, 1824, p. 111). Ne jamais faire/vouloir de mal Ă  qqn. Le duc rĂ©pondit qu'il le ferait trĂšs volontiers [entretenir bonne paix dans le royaume], qu'il ne voulait de mal Ă  personne, et dĂ©sirait la paix avec les grands et les petits (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 109). Cela ne fait de mal Ă  personne (fam.). Un petit coup de vin, un petit air de danse, ça ne fait de mal Ă  personne (CLAUDEL, J. d'Arc, 1939, 8, p. 1216). Ne pas faire de mal Ă  une mouche (fam., gĂ©n. au cond.). Être tout Ă  fait pacifique ou inoffensif. Je me sens trop doux. Je ne ferais pas de mal Ă  une mouche (SARTRE, Mains sales, 1948, 2e tabl., 1, p. 39).
b) Mettre Ă  mal qqn, qqc.
— Vx, p. plaisant. [L'obj. dĂ©signe qqn, en partic. une femme] Violer; p. ext., sĂ©duire. Le baron Vauveron (...) s'accusa brusquement d'avoir mis Ă  mal une fille de ferme dont il avait eu un enfant (L. DAUDET, Bacchantes, 1931, p. 120).
— [L'obj. dĂ©signe qqc.] Maltraiter. Sous le tapotage et les placages de ses terribles grands doigts, le piano Ă©tait si souvent mis Ă  mal, qu'elle avait pris le parti d'attacher Ă  sa personne (...) un vieil accordeur auquel elle donnait de l'ouvrage, tous les jours (E. DE GONCOURT, Faustin, 1882, p. 303). Au fig. Quand, par fait de guerre, des intĂ©rĂȘts français sont mis Ă  mal dans le monde, que se passe-t-il? Qui paie la facture? (L'Est RĂ©publicain, 11 juin 1981, p. 20).
3. a)Dire du mal de qqn. MĂ©dire, calomnier. On demanda Ă  Madame Dubarry si Louis XV ne disait pas beaucoup de mal d'elle [Madame de Beauvau] (...). «Oh! beaucoup. — Eh bien! Quel mal, de moi, par exemple? — De vous, madame, que vous Ă©tiez hautaine, intrigante; que vous meniez votre mari par le nez.» (CHAMFORT, Caract. et anecd., 1794, p. 105).
b) Parler en mal de qqn (vieilli). Dire du mal de quelqu'un. Ne parlez jamais en mal des employĂ©s, vous autres! (BALZAC, EmployĂ©s, 1837, p. 92). Prendre qqc. Ă /en mal (vieilli); tourner en mal qqc. Voir le mauvais cĂŽtĂ© de quelque chose. Si tu tiens Ă  la lettre que je t'avais Ă©crite sur elle, demande-la Ă  Chopin (...) Il l'a prise en mal, et je ne voulais pourtant pas le chagriner (SAND, Corresp., 1843, p. 283). Les choses les plus innocentes peuvent ĂȘtre interprĂ©tĂ©es Ă  mal (DUMAS pĂšre, Chev. Maison-Rouge, 1847, I, tabl. 3, 4, p. 48). Écoute, et ne prends point Ă  mal ce que je vais te dire, et songe que cela m'est bien dur (CLAUDEL, Échange, 1894, II, p. 689).
4. [Avec un sens affaibli] Tout ce qui demande effort, exige de la peine. Avoir du mal, beaucoup de mal; se donner du mal pour qqn, pour qqc.; se donner le mal de + inf., un mal infini à + inf. Cette enfant me donnait bien du mal; cependant j'en prenais volontiers la peine; elle m'était si chÚre! (NERVAL, Faust, 1840, p. 129). On avait tant tardé à partir, qu'à peine s'il y avait de l'eau dans le port, et nous eûmes grand mal à y entrer (FLAUB., Champs et grÚves, 1848, p. 248):
‱ 3. ...ces enfants de paysans et ces enfants d'ouvriers (...) se donnaient beaucoup plus de mal, ils fournissaient beaucoup plus de travail pour passer le brevet simple que nous pour passer l'examen de fin de quatriùme...
PÉGUY, Argent, 1913, p. 1139.
♩Avoir le plus grand mal Ă  faire qqc., Ă  vivre. Avoir la plus grande difficultĂ© Ă . Nous aurons, dĂšs la fin du mois, le plus grand mal Ă  joindre les deux bouts (DUHAMEL, Notaire Havre, 1933, p. 106).
♩Se donner un mal de chien, du diable, de cinq cents diables, de tous les diables, d'enfer, de galĂ©rien. Se donner beaucoup de mal. La «confĂ©rence» que je viens de me donner un mal d'enfer Ă  Ă©crire (GIDE, Corresp. [avec ValĂ©ry], 1901, p. 384). Je ne vois pas pourquoi tu m'insultes quand je me donne un mal de chien pour te faire plaisir (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 1er tabl., 1, p. 11).
— [Avec un sens encore plus affaibli] InconvĂ©nient, ennui. Je compte dans un an aller faire un grand voyage en Allemagne. Le mal est que je n'en sais pas la langue (TOCQUEVILLE, Corresp. [avec Reeve], 1836, p. 36).
B. — Rare. [Dommageable aux choses] Dommage. La gelĂ©e a tout perdu, il y a encore plus de mal qu'on ne croit (Ac.). Comment pouvais-je rĂ©parer le mal fait au manuscrit, si ce n'est en donnant au public le texte imprimĂ© d'aprĂšs une copie authentique? (COURIER, Lettre Ă  M. Renouard, 1810, p. 260). Le mal ne se borna pas lĂ ; le feu qu'ils avaient mis Ă  leurs tentes gagna le reste du camp et en consuma une partie (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 3, 1821-24, p.232). Il vint aussi un grand lion qui faisait beaucoup de mal dans le pays, mangeant les vaches et les moutons (CLAUDEL, Violaine, 1892, I, p.506).
♩Demi-mal. DĂ©gĂąts limitĂ©s. Comme cela, dit-il en revenant, il n'y a que demi-mal, la lettre paraĂźtra demain (ROLLAND, J.-Chr., Amies, 1910, p. 1095).
III. —Au sing. Tout ce qui est contraire au bien.
A. —Ce qui est contraire à la loi morale, à la vertu.
1. [À propos d'un mal commis ou d'un mal d'intention] Faire tout le mal possible; se plaire au mal. Le duc Raukhing, (...) qui faisait le mal par goĂ»t (...) On racontait de lui des traits d'une cruautĂ© vraiment fabuleuse (THIERRY, RĂ©cits mĂ©rov., t. 1, 1840, p. 118):
‱ 4. ...le mal que je fais, c'est d'abord une souffrance que j'impose Ă  autrui; aussi ne me donne-t-il jamais Ă  moi-mĂȘme qu'une amĂšre satisfaction. Car le mal dont la souffrance est la trace, c'est la vie qui retourne contre soi la puissance mĂȘme dont elle dispose, c'est la vie qui se blesse et qui se mutile.
L. LAVELLE, Le Mal et la souffrance, Paris, Plon, 1941, p. 5.
— Locutions
♩Faire, vouloir le mal pour le mal. Faire, vouloir le mal pour lui-mĂȘme. En voulant le Mal pour le Mal, je tente de contempler la transcendance divine - dont le Bien est la possibilitĂ© propre -, comme transcendance purement donnĂ©e et que je transcende vers le Mal (SARTRE, Être et NĂ©ant, 1943, p. 350).
♩[P. rĂ©f. Ă  la loi du talion Ɠil pour Ɠil, dent pour dent] Rendre le mal pour le mal. Rendre mĂ©fait pour mĂ©fait. Je ne fais pas le mal pour le bien; mais, par le ciel, je sais rendre le mal pour le mal (MUSSET, Nuit vĂ©nit., 1834, 1, p.16). RĂ©pondre au mal par le mal. À la fin, il avait fallu donner l'ordre de rĂ©pondre au mal par le mal; nous Ă©tions malheureusement forcĂ©s de massacrer et d'incendier aussi (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t.2, 1870, p.182).
♩Sans songer Ă  mal. Sans avoir d'intentions mauvaises. J'arrosais mes pĂ©tunias sans songer Ă  mal, quand je vis entrer un grand jeune homme blond (ABOUT, Roi mont., 1857, p.12).
— Expressions
♩Honni soit qui mal y pense.
♩À qui mal veut mal arrive. Je te revaudrai ça: Ă  qui mal veut, mal arrive (VIDOCQ, MĂ©m., t. 4, 1828-29, p. 250).
2. [À propos d'un mal subi] Souffrir, subir, supporter le mal. Le mal et la mĂ©chancetĂ© (...) collaborent Ă  nous rendre la vie intenable, sulfureuse, frĂ©nĂ©tique, comme se relayent les guerres qui viennent de la mĂ©chancetĂ© des hommes (JANKÉL., TraitĂ© des vertus, Paris, Bordas/La Haye, Mouton, t. 3, 1972, p. 1102):
‱ 5. «Ni les parfums de l'Arabie... ni l'OcĂ©an du Grand Neptune...» Il y a en effet de l'Ă©ternellement ineffaçable dans le mal. Que la persĂ©cution triomphe Ă  grand Ă©clat de l'innocence et des causes justes, ou que la bonne volontĂ© privĂ©e ou publique finisse par s'enliser ou succomber, cĂ©dant Ă  la malchance des circonstances et Ă  la perversitĂ© des exemples, le mal fait alors au rĂ©el une blessure que seule une pensĂ©e Ă©tourdie dirait cicatrisable.
E. BORNE, Le ProblĂšme du mal, Paris, P.U.F., 1960, p. 18.
3. [P. oppos. au bien] Avoir la connaissance du bien et du mal. Il est certain qu'au centre de nos pensĂ©es sur le bien et sur le mal, on retrouve l'opposition de ce qui doit ĂȘtre et de ce qui ne doit pas ĂȘtre, selon la libertĂ© et l'obligation morale (J. NABERT, Essai sur le mal, Paris, Ă©d. Montaigne, 1970, p. 150):
‱ 6. Dans la reprĂ©sentation poĂ©tique du mal, il en est comme dans l'ordinaire de la vie rĂ©elle: le mal existe par rĂ©fĂ©rence au bien et veut en prendre les apparences. Étant ce qui ne doit pas ĂȘtre, il soulĂšve la question: d'oĂč vient-il? Il est la justification nĂ©gative du bien.
FRIES t. 3 1966, p. 22.
— [P. anal. avec ce qui est obscur, nocturne] La nuit, l'opacitĂ© du mal. Avec quoi un roman est-il fait, sinon avec du mal? ÔtĂ© le mal, que reste-t-il? Du bien, c'est-Ă -dire du blanc. Il faut aussi du noir (GREEN, Journal, 1957, p. 308):
‱ 7. ...le mal, sous la forme de la folie ou de la perdition, (...) comme le contraire de ce bien, tout en gardant quelque chose d'obscur et d'indĂ©fini, semblable - la mĂ©taphore est classique - Ă  la part d'ombre dans un monde que la lumiĂšre ne saurait visiter.
Encyclop. univ. t. 10 1972, p. 345.
B. — RELIG. Faute, pĂ©chĂ©, concupiscence. Tentation du mal; condamner, reconnaĂźtre le mal; demander Ă  ĂȘtre dĂ©livrĂ©, protĂ©gĂ©, sauvĂ© du mal. Si l'Ăąme (...) s'est frĂ©quemment adonnĂ©e au mal et rarement au bien, elle prend un autre corps (...) qui est destinĂ© aux tortures de l'enfer (OZANAM, Philos. Dante, 1838, p. 212):
‱ 8. Dans le domaine de la transgression morale, il est une dĂ©prĂ©ciation que nous connaissons bien, que nous comprenons facilement et clairement, c'est celle que nous opĂ©rons lorsque aprĂšs avoir commis une mauvaise action nous reconnaissons que nous sommes coupables et que l'action est mauvaise. Le mal que nous avons commis nous oppresse, nous fait perdre l'estime de nous-mĂȘmes.
R. OTTO, Le Sacré, Paris, Payot, 1969, p. 88.
— En partic., vieilli. Commerce charnel. Le flottement triste qui est l'apanage (...) des femmes dites indĂ©pendantes qui ne font pas le mal, si l'on donne au commerce charnel son ancien nom de «mal» (COLETTE, Naiss. jour, 1928, p. 25).
C. — Absol. [Avec l'art. le, inv.: faire le mal]
1. PHILOS. Le mal absolu, mĂ©taphysique; absurditĂ©, dialectique, Ă©nigme, injustice, interrogation, mystĂšre, nĂ©cessitĂ©, origine, principe, problĂ©matique du mal. Si le mal, au lieu d'ĂȘtre privation, Ă©tait une force positive, sa causalitĂ© s'expliquerait peut-ĂȘtre; mais il n'est que vide et zĂ©ro hypostasiĂ©, laideur-en-soi qui est amorphie et amĂ©trie, absence de forme et de mesure (JANKÉL., TraitĂ© des vertus, Paris, Bordas/La Haye, Mouton, t. 3, 1972, p. 1073):
‱ 9. Le mal est l'objet de toutes les protestations de la conscience (...) le mal est le scandale du monde. Il est pour nous le problùme majeur; c'est lui qui fait du monde un problùme (...). Dirons-nous que le bien lui aussi est un problùme? (...) le bien, dùs qu'on l'a reconnu, dùs qu'on l'a accompli, est au contraire une solution (...). Par une sorte de renversement, il n'est un problùme que pour celui qui le cherche, au lieu que le mal est un problùme pour celui qui le trouve.
L. LAVELLE, op cit., p. 31.
2. THÉOL. Le DĂ©mon, l'Esprit du Mal; BelzĂ©buth ou Satan, incarnation du mal:
‱ 10. Le discours thĂ©ologique (...) contraint le mal Ă  avouer que, si terrifiant soit-il, il n'a d'autre rĂ©alitĂ© que celle du vide ou du dĂ©faut ; ce rien, l'ange de lumiĂšre qu'il a refusĂ© d'ĂȘtre, fait toute la noirceur de Satan, et, pour passer Ă  la limite, l'enfer n'est infernal que par une absence, il est vrai Ă©ternelle, celle de l'amour.
Encyclop. univ. t. 10 1972, p. 346.
— [P. rĂ©f. Ă  la Bible] L'arbre de la science du bien et du mal. Arbre dont le fruit, dĂ©fendu Ă  l'homme, confĂ©rait la science du bien et du mal. C'est une belle allĂ©gorie, dans la Bible, que cet arbre de la science du bien et du mal qui produit la mort (CHAMFORT, Max. et pens., 1794, p. 18). L'esprit du mal. Satan. L'Esprit du Mal, l'Esprit des TĂ©nĂšbres, s'Ă©tait installĂ© au coeur de son enfant! (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 663). Les puissances du mal. Les puissances sataniques. Je n'Ă©tais plus un de ces ministres de la morale chrĂ©tienne mais un homme inspirĂ©, un de ces exorcistes lĂ©gendaires, prĂȘts Ă  arracher aux puissances du mal les brebis de leur troupeau (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 259).
REM. 1. Mali, subst. masc., rĂ©gion. (Belgique), fin. publ. DĂ©ficit. Anton. boni. GrĂące Ă  la loi sur les fusions [de communes], le mali du budget 1982 d'Anvers ne sera que de 2,14 milliards (Le Soir, 4 janv. 1982, p. 7). 2. Malicide, adj., vieilli. Qui tue le mal. Quand il ĂŽte la vie d'un mĂ©chant, il n'est pas homicide, mais «malicide» (M.-M. DAVY, Initiation Ă  la symbolique romane, Paris, Flammarion, 1977, p. 25). 3. Malus, subst. masc., assur. (Bonus-)malus. Estimation de la prime des vĂ©hicules, en raison directe des dĂ©gĂąts matĂ©riels (ou de leur absence) occasionnĂ©s au cours de l'annĂ©e d'assurance. RĂ©gularisation bonus-malus. Le systĂšme de bonus-malus en matiĂšre d'assurance est trĂšs simple: aprĂšs le premier accident, un malus de 10% est appliquĂ©; aprĂšs le second accident, ce malus est de 40%, et aprĂšs le troisiĂšme, il est de 100%, voire plus, ce qui se traduit au minimum par un doublement de la prime (Femmes d'aujourd'hui: Écho de la mode, 1982, n° 7, p. 20).
Prononc. et Orth.:[mal], [mo]. Homon. malle. Att. ds Ac. dep. 1694. Être dans les mals Ă  la place du plur. maux (supra I A 1, d'apr. CARABELLI, [Lang. pop.], s.d.). Étymol. et Hist. 1. a) Ca 980 «ce qui est contraire au bien, Ă  la loi morale» (JONAS, Ă©d. G. de Poerck, 195: e sis penteiet de cel mel qe fait [de uia sua mala]); fin Xe s. [rendre] ben... per mal (Passion, Ă©d. D'Arco Silvio Avalle, 161); b) 2e moitiĂ© Xe s. «ce qui est nĂ©faste, ce qui nuit» vouloir du mal Ă  (St LĂ©ger, Ă©d. J.Linskill, 101: molt li vol miel); ca 1100 mult grant mal funt (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 378); 2. 1050 «maladie» (Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 153); joint Ă  une autre qualification, sert Ă  dĂ©nommer diverses maladies: fin XIIe s. mal d'Acre «épidĂ©mie que durent affronter les CroisĂ©s en 1190 et 1191 durant le siĂšge d'Acre» (BÉROUL, Tristan, Ă©d. E. Muret et L. M. Defourques, 3849); ca 1220 grant mal «épilepsie» (Amadas et Ydoine, Ă©d. J. R. Reinhard, 859); 3. a) ca 1100 «souffrance physique» (Roland, 2101: En la teste ad e dulor e grant mal); 1174-76 mal del flanc (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, 1508 ds T.-L.); 1174-76 faire... mal (ID., ibid., 4354, ibid.); 1225-30 avoir mal en «souffrir de» (GUILLAUME DE LORRIS, Rose, Ă©d. F. Lecoy, 2420: home qui a mal es denz); b) 1223-27 mal d'enfant (GAUTIER DE COINCI, Miracles, Ă©d. V. F. Koenig, II Chast. 10, 963); 4. a) ca 1100 «tort» (Roland, 578: Mult grant mal funt... a lur seignur, ki tel cunseil li dunent); b) 2e moitiĂ© XIIIe s. [ms] «dĂ©gĂąts matĂ©riels» ([GUÉRIN], De Beranger au long cul [ms. A], 195 ds J. RYCHNER, Contribution Ă  l'Ă©tude des Fabliaux, p. 107: N'a mon escu ne ferai mal [ms. D, fin XIIIe s., 147: Ne ses heaumes n'a point de mal]); 5. 1155 «souffrance morale» (WACE, Brut, 8690 ds T.-L.); cf. ca 1165 (Troie, 17742, ibid.: ço no fait al cuer grant mal); 1803 mal du pays (CHATEAUBR., GĂ©nie, t. 1, p. 228); 6. ca 1170 «le mauvais cĂŽtĂ©, le mauvais sens» (CHRÉTIEN DE TROYES, Erec et Enide, Ă©d. M. Roques, 2467: que ses sire an mal nel preist); 1690 tourner en mal (FUR.); 7. a) 1567 aller Ă  mal «(d'une chose) empirer» (AMYOT, Demosth., 5 ds IGLF); b) 1635 «inconvĂ©nient» il n'y a point de mal Ă  ce que (GUEZ DE BALZAC, Lettres, livre VII, 47 ds ƒuvres, Paris, 1665, t. 1, p. 317); 8. 1690 «effort, peine» avoir du mal Ă  (FUR.). Substantivation de mal2 plutĂŽt que de l'adj. lat. substantivĂ© malum dont l'Ă©volution phonĂ©t. se confond avec celle de l'adv. male, mais qui n'a pas Ă©tĂ© maintenu dans les autres lang. rom. et a Ă©tĂ© remplacĂ© par l'adv. substantivĂ©; cf. ital. sarde male, esp. cat. port. mal. FEW t. 6, 1, p.128a. FrĂ©q. abs. littĂ©r.: 17802. FrĂ©q. rel. littĂ©r.:XIXe s.: a)26885, b) 22783; XXe s.: a) 24172, b) 26023. Bbg. LEW. 1968, p.69. — QUEM. DDL t. 8, 13, 15, 17, 19, 20. — ROTHWELL (W.). Medical and botanical terminology from Anglo-Norman sources. Z. fr. Spr. Lit. 1976, t. 86, p. 247.

1. mal, e [mal] adj.
ÉTYM. IXe; du lat. malus « mauvais ».
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1 (Vx et dans quelques loc. oĂč l'adj. est antĂ©posĂ©). Mauvais, funeste, mortel. || Souffrir de male faim (→ Aboyer, cit. 3, Rabelais). — ☑ (1523). À la male heure : Ă  l'heure de la mort. || « Va-t-en Ă  la malheure (ou male heure), excrĂ©ment de la terre
 » (Malherbe, ProphĂ©tie du Dieu de Seine). || Mourir de male mort, de mort violente (⇒ Malemort). — Vx. || Male rage, ancien juron (⇒ Malepeste). — Vx. || Male rage : dĂ©sir violent. || Crever de male rage de faim. — Sens attĂ©nué : || « Il est venu Ă  la male heure nous troubler » (FuretiĂšre), Ă  l'heure inopportune. ⇒ Malheure. — REM. Depuis le XVIIe s. l'emploi de cet adjectif est archaĂŻque ou littĂ©raire.
1 Et bien Ă  la male-heure est-il venu d'Espagne,
Ce courrier que la foudre ou la grĂȘle accompagne (
)
Moliùre, l'Étourdi, II, 10.
2 PersuadĂ© que le gain est toujours possible, pourvu que le destin y consente (
) il suffit que la male fortune regarde ailleurs, un clin d'Ɠil, et l'on gagne.
André SuarÚs, Trois hommes, « Dostoïevski », V.
3 Rien n'est changĂ© ni nos cƓurs ne le sont
C'est toujours l'ombre et toujours la mal'heure
Sur les chemins dĂ©serts oĂč nous passons
France et l'Amour les mĂȘmes larmes pleurent
Rien ne finit jamais par des chansons.
Aragon, les Yeux d'Elsa, p. 32.
2 ☑ (V. 1560). Mod. (Dans certaines expressions, au masc. et antĂ©posĂ©). Bon grĂ© mal grĂ© (cit. 14 et 15). ☑ Bon an, mal an (cit. 8).
♩ (Premier Ă©lĂ©ment de n. comp.). || Mal(-)connaissance : connaissance insuffisante. || « La (
) mal-connaissance des matiĂšres que les hommes entendent traiter et dominer est la caractĂ©ristique de cette pĂ©riode des grandes erreurs » (l'Express, 18 dĂ©c. 1967). || Mal-information ou malinformation : information incomplĂšte.
3.1 C'est le moyen qui, souvent, convient le mieux au tempérament français, mais bien souvent par ignorance et mal information.
A. Sauvy, Croissance zéro ?, p. 284.
3 (Av. 1654). En attribut. Contraire à un principe moral, une obligation, une convenance. || Faire, dire qqch. de mal. || Qu'ai-je fait de mal ? — C'est mal, il est mal de fuir (cit. 29) ce que suit tout le monde. || Il n'est pas mal de
 (→ Assurer, cit. 44). || Il n'est pas mal que les amants s'instruisent (cit. 23). ⇒ Mauvais.
4 Croyez-vous que je ne sache pas que ce que vous voulez est bien mal ?
Laclos, les Liaisons dangereuses, CXVII.
5 — L'aimerais-tu donc dĂ©jà ? Ce serait mal. — Mal, reprit EugĂ©nie, pourquoi ? Il te plaĂźt, il plaĂźt Ă  Nanon, pourquoi ne me plairait-il pas ?
Balzac, Eugénie Grandet, Pl., t. III, p. 537.
6 — Mais laisse-la donc, cette enfant ! elle est gentille, elle ne fait rien de mal.
Zola, l'Assommoir, t. II, X, p. 115.
4 (1867). || Pas mal (adj.). ⇒ 2. Mal (V.).
❖
COMP. Malbouffe, malchance, maldonne, malefaim, malemort, malencontre, malepeste, malfaçon, malformation, malherbe, malheur, maltÎte.
HOM. 2. Mal, 3. mal, malle.
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2. mal [mal] adv.
ÉTYM. 1080; du lat. male.
❖
———
I
1 D'une maniĂšre contraire Ă  l'intĂ©rĂȘt ou aux vƓux de qqn. ⇒ Malencontreusement. || Ça commence mal ! || Affaire qui va mal, qui pĂ©riclite (→ Battre de l'aile). || Mal gĂ©rer sa fortune. || Les choses vont mal, trĂšs mal, de plus en plus mal. — Fam. || Ça va mal pour lui. — « Ça va aujourd'hui ? — Mal, trĂšs mal ». || Cela faillit (cit. 17) finir mal pour moi. || Tourner mal (→ Casser, cit. 2). ⇒ GĂąter (se). || Augurer (cit. 9) mal d'un projet, d'une aventure : prĂ©voir une issue fĂącheuse. — Se trouver mal de qqch. (→ Étourdi, cit. 4). || Cela lui a mal rĂ©ussi. || Il est mal dans ses affaires (vieilli). || Le moment est mal choisi. ☑ Tomber mal, d'une façon inopportune. || Ça tombe mal. || Il a Ă©tĂ© mal inspirĂ© de se fier Ă  ce filou. — Maison mal situĂ©e, au bord d'une route bruyante. || Blessure mal placĂ©e.
1 Il Ă©tait dit que tout serait fatal
À notre Ă©poux; ainsi tout alla mal (
)
La Fontaine, Contes, V, « Belphégor ».
2 (
) j'ai Ă  vous entretenir de ceux qui sont mal dans leurs affaires (
) s'ils n'ont pas assez de bien pour subsister honnĂȘtement, et tout ensemble pour payer leurs dettes, on leur permet d'en mettre une partie Ă  couvert en faisant banqueroute Ă  leurs crĂ©anciers.
Pascal, les Provinciales, VIII.
3 « Aïe ! » se dit Maykosen, « cela commence mal ». Il ne voyait plus guÚre comment amener l'entretien dans les voies qu'il avait préparées.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XIV, XXV, p. 264.
♩ ☑ Mal lui en prit : les consĂ©quences furent fĂącheuses pour lui.
REM. LittrĂ© et Hatzfeld considĂšrent ici mal comme un subst., alors qu'en traitant de l'expression similaire bien lui en prit, ils considĂšrent bien comme un adverbe. En fait, mĂȘme si mal est dans cette expression aujourd'hui senti comme un substantif, il s'agit, dans les deux cas, d'un adverbe employĂ© avec l'impersonnel il lui prend, comme le prouve cette phrase de Commynes (citĂ©e par Damourette et Pichon Ă  propos d'ĂȘtre employĂ© comme auxiliaire de certains verbes, V, 45) : « Il lui en estait bien mal prins ». PrĂ©cĂ©dĂ© de bien qui le renforce, mal est ici Ă©videmment adverbe.
4 (
) il (Brévan) se jeta sur son épée. Mal lui en prit, car mon valet de chambre, brave et vigoureux, le saisit au corps et le terrassa.
Laclos, les Liaisons dangereuses, LXXXV.
5 Mal en prit Ă  Louis Bonaparte.
Hugo, Histoire d'un crime, III, XIII.
2 Avec malaise, douleur, dĂ©sagrĂ©ment. ☑ Se sentir, se trouver mal : Ă©prouver un malaise. ⇒ DĂ©faillir, Ă©vanouir (s'); → Tourner de l'Ɠil; et aussi faillir, cit. 6; gagner, cit. 55; haleter, cit. 1. || Être mal portant, se mal porter (littĂ©r.), mal se porter (cour.). — ☑ Fam. Être, se sentir mal fichu. ☑ Être mal en point (→ Avoir du plomb dans l'aile). || Il est, va mal (→ 1. Garde, cit. 17), trĂšs mal : son Ă©tat est grave, trĂšs grave. ☑ Elle est au plus mal, Ă  la derniĂšre extrĂ©mitĂ©. — (Sens attĂ©nuĂ©). || Être, se trouver mal dans un lit, dans un fauteuil inconfortable. — ☑ Être mal dans sa peau.
6 — Comment vous portez-vous ? ajouta-t-il. — Mal, rĂ©pondit Emma. Je souffre.
Flaubert, Mme Bovary, II, VI.
———
II En termes ou d'une façon dĂ©favorable, avec malveillance, en mauvaise part. → DĂ©favorablement. || Traiter mal qqn. || Recevoir trĂšs mal qqn (→ Comme un chien dans un jeu de quilles). || Mal parler de qqn. ⇒ Calomnier. || Juger mal de qqn (→ Autrui, cit. 10), de qqch. (→ Bon, cit. 83). ☑ Lieu mal famĂ©. — Mal interprĂ©ter (cit. 5) la conduite de qqn. ☑ Avoir l'esprit mal tournĂ©. — Prendre mal un propos, une remarque, un conseil, une plaisanterie, l'interprĂ©ter de façon dĂ©sobligeante pour soi-mĂȘme (→ Trouver mauvais; se fĂącher; prendre la mouche). || Il l'a mal pris. — Être, se mettre mal avec qqn, avec sa famille, en mauvais termes (→ Chemin, cit. 45; homme, cit. 78). ☑ Être mal en cour (→ Boutique, cit. 5), en dĂ©faveur. ☑ Être mal vu de qqn.
7 (
) il pourrait se trouver des gens qui prendraient mal vos discours, et qui vous reprocheraient de tourner les choses de la Religion en raillerie.
Pascal, les Provinciales, VIII.
8 (Le Roi)
 me dit : « Mais aussi, Monsieur, c'est que vous parlez et que vous blĂąmez; voilĂ  ce qui fait qu'on parle contre vous ». Je rĂ©pondis que j'avais grand soin de ne parler mal de personne (
)
Saint-Simon, Mémoires, III, XXV.
9 C'était un garnement de dieu fort mal famé.
Hugo, la Légende des siÚcles, XXII, « Le satyre », Prologue.
10 Pour ne pas se mettre mal avec Romuald, ils diront peut-ĂȘtre, tu sais, ni oui, ni non
 D'un autre cĂŽtĂ©, ils tiennent Ă  ne pas se mettre mal avec la police (
) Ça se comprend.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IX, X, p. 92.
———
III Autrement qu'il ne convient. — REM. Dans cet emploi, l'adverbe n'a qu'un sens trĂšs indĂ©terminĂ© et reçoit sa valeur du mot auquel il est appliquĂ©.
1 De façon contraire Ă  un modĂšle idĂ©al. || Travail mal fait. ⇒ Mauvais (→ fam. En dĂ©pit du bon sens; n'importe comment
). || C'est du boulot mal fait, sabotĂ©, salopĂ©. || Vous vous y prenez mal. ⇒ Maladroitement. — Pianiste amateur qui joue mal, exĂ©cute mal un morceau. || Acteur qui joue mal (→ Galerie, cit. 9). || Instruments mal accordĂ©s (cit. 9). || Mots mal choisis. || La musique de cet opĂ©ra s'accorde mal avec le sujet. || Notions qui s'accordent mal Ă  une sociĂ©tĂ©, lui sont inassimilables (cit. 2). || Ils vont mal ensemble, forment un couple mal assorti. || Mariage mal assorti (cit. 18).
11 Tes trente-deux dents
De jeune animal
Ne vont point trop mal
À tes yeux ardents.
Verlaine, ParallÚlement, « Filles », V.
♩ Incorrectement. || Mal arranger (cit. 2) ses mots. || IdĂ©e mal exprimĂ©e. || Mal parler (parler mal) une langue Ă©trangĂšre (→ Baragouiner). || Il s'exprime trĂšs mal. — Écrivain qui Ă©crit mal. ⇒ Cacographe. || Devoir mal rĂ©digĂ©. || Raisonner mal (→ Fort, cit. 69; intelligent, cit. 1). || Langage (cit. 19) mal fait.
12 Pourquoi aussi ces intonations toujours traünantes, ou gouailleuses, comme s'il y avait plaisir à parler mal (
)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. IV, XIX, p. 212.
♩ Par ext. En se mĂ©prenant (→ la rac. MĂ©-); de travers. || Mal comprendre un philosophe, mal interprĂ©ter un texte. || Opinion mal fondĂ©e. || Lire (cit. 17) vite et mal un auteur. — Mal connaĂźtre une personne. || Mal comprendre ses proches.
13 Il nous semble volontiers, parce que ce sentiment s'est trouvĂ© mal fondĂ©, qu'il nous paraissait tel dĂšs l'origine — et qu'un certain doute, une nuance d'indĂ©cision, ne pouvait manquer d'annoncer en lui l'erreur Ă  venir.
J. Paulhan, Entretien sur des faits divers, p. 52.
2 D'une façon anormale, Ă©loignĂ©e de la normale. || Être mal fait, mal foutu (cit. 16), mal fichu (→ Boiteux, difforme, laid). || Grande femme mal bĂątie. — Arbre mal venu. || Aliments mal digĂ©rĂ©s, mal assimilĂ©s.
14 (
) Jeanet le sauteriot, qui la suivait en clopant, vu qu'il était ébiganché et mal jambé de naissance.
G. Sand, la Petite Fadette, IX.
♩ D'une maniĂšre dĂ©fectueuse, imparfaite. || Appareil mal montĂ©. || Écrou mal serrĂ©. || Moteur, machine qui tourne mal, fonctionne (cit. 5, fig.) mal. || Porte qui ferme mal. || Gerbes mal liĂ©es (cit. 2). — VĂȘtements qui s'ajustent mal (→ Fort, cit. 5). || Lettres mal formĂ©es. || Enfant qui Ă©crit mal. || Timide qui articule (cit. 6) mal. — Fig. || Esprit mal Ă©quilibrĂ© (→ Gourmander, cit. 6). ☑ Cote mal taillĂ©e. || Tout est mal arrangĂ©, va mal dans le monde. ⇒ Guingois (de, cit. 4). — REM. Certains emplois semblent vieillis, notamment avec des participes passĂ©s n'appartenant pas au premier groupe.
15 (
) un enfant mal instruit est plus loin de la sagesse que celui qu'on n'a point instruit du tout.
Rousseau, Émile, II.
3 D'une façon qui choque le goĂ»t, les convenances (au physique ou au moral). || Individu mal habillĂ©, mal fagotĂ© (cit. 3), mal peignĂ©. || Troupes mal tenues (→ Autant, cit. 42). — Il est toujours sale et mal tenu. — VĂȘtement mal nettoyĂ©, sans soin. || Braies (cit. 2) mal nouĂ©es. — Personne mal Ă©levĂ©e (cit. 74), mal polie (→ Grossier, cit. 4). || Enfant qui se tient mal, qui parle mal, rĂ©pond mal Ă  ses parents, sans respect. — ☑ Il marque mal : il a vilaine allure. — ☑ Fam. Ça la fout mal.
15.1 Ainsi cet homme plus que mal habillé c'est-à-dire médiocrement habillé, qui ne savait ni saluer, ni entrer dans un salon, donnait à toutes ses maniÚres quelque chose de saisissant et de doux que n'auraient pas eu les maniÚres d'un prince.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 269.
♩ SpĂ©cialt, vx. || Personne mal nĂ©e (→ Affront, cit. 12), mal apparentĂ©e (cit. 2).
4 Insuffisamment (en qualitĂ© ou en quantitĂ©). ⇒ MĂ©diocrement. || Enfant qui rĂ©ussit mal en classe. || Enfant mal douĂ© pour les Ă©tudes. ⇒ Peu. || Leçon mal apprise, mal sue. || Gargote oĂč l'on mange mal. || Mal dormir, peu, ou d'un sommeil agitĂ©. || Travailleur, emploi mal payĂ©, mal rĂ©tribuĂ© (→ AtmosphĂšre, cit. 20). — Employer mal son temps, de façon peu profitable. ⇒ IncomplĂštement. || L'homme est mal sorti du chaos (cit. 1, Gide). || Il est mal remis de sa maladie.
16 — Voici, reprit l'ÉvĂȘque, une lampe qui Ă©claire bien mal.
Hugo, les Misérables, I, II, III.
♩ En comp. (adj. et n.). || Mal(-)aimé : qui n'est pas aimĂ©, apprĂ©ciĂ©. || La Chanson du Mal AimĂ©, d'Apollinaire (1909). — Fig. Impopulaire. || « Les fonctionnaires du MarchĂ© commun sont des mal-aimĂ©s. Mal-aimĂ©s des EuropĂ©ens, mal aimĂ©s des six gouvernements, qui les considĂšreraient, pour un peu, comme des parasites; mal aimĂ©s mĂȘme de l'administration interne de la commission » (le Monde, 18 janv. 1968). || « Une sorte de disgrĂące fait de l'agrĂ©gation la mal-aimĂ©e de l'UniversitĂ© » (le Monde, 4 nov. 1966). — Vulg. || Mal-baisĂ©e. ⇒ 1. Baiser, II. — Mal-pensant. — Mal-logĂ©. — Mal-nourri. || « Les besoins des mal-nourris du “Tiers-monde” » (le Monde, 23 juin 1966).
♩ || Les mal-voyants : les personnes atteintes de graves troubles de la vue. || Les aveugles et les mal-voyants.
♩ Mal-entendant. ⇒ Malentendant.
♩ Mal, Ă©quivalant Ă  une nĂ©gation lĂ©gĂšrement affaiblie (cf. le lat. male, par ex. dans l'expr. male sanus, c.-Ă -d. insanus, et aussi les comp. maladroit, malsain, etc.). Peu, pas. — LittĂ©r. || Être mal content (→ MĂ©content), mal satisfait de son sort (→ Agir, cit. 21). — Cour. ☑ Être mal Ă  l'aise, mal Ă  son aise (cit. 8) en ce lieu, en cette compagnie (→ AtrocitĂ©, cit. 5; copain, cit. 4; dĂ©paysĂ©, cit. 5; imprimerie, cit. 6). ☑ Mal Ă  propos.
17 Et nous aurions le ciel à nos vƓux mal propice (
)
Corneille, Horace, V, 3.
18 (
) ils sortent mal satisfaits d'ici.
MoliÚre, les Précieuses ridicules, II.
19 Le caractĂšre variable, non pas mĂ©content, mais mal content du comte, rencontra donc chez sa femme une terre douce et facile (
)
Balzac, le Lys dans la vallée, Pl., t. VIII, p. 813.
5 Difficilement; avec peine, effort. ⇒ MalaisĂ©ment, pĂ©niblement. || Rhumatisant qui marche mal. || Asthmatique, personne angoissĂ©e qui respire mal (→ Angoisse, cit. 5). || Lire (cit. 2) mal le petit caractĂšre. — PhĂ©nomĂšne qu'on s'explique mal (→ Iris, cit. 2). || Je comprends mal comment il a pu en arriver lĂ .
———
IV Contrairement Ă  une loi supĂ©rieure (morale ou religieuse). || Vivre mal (→ Amender, cit. 4). LittĂ©r. || Se mal conduire. Cour. || Mal se conduire. || Agir mal (→ ExcĂšs, cit. 10). || Mal faire (→ Incliner, cit. 10). || Faire mal (→ Immonde, cit. 5; langueur, cit. 16). — REM. Ne pas confondre cette expression avec faire mal au sens de provoquer de la douleur (→ 3. Mal). — LittĂ©r. || En user mal avec qqn (→ Cadet, cit. 2). — Cour. || Finir mal. || Tourner mal. || Ça a commencĂ© mal, mais ça s'est arrangĂ©. — Fortune (→ GĂ©rer, cit. 5), richesse mal acquise (cit. 6).
♩ ☑ Prov. Bien mal acquis ne profite jamais (→ 2. Bien, cit. 56, LĂ©autaud).
♩ Adj. (→ 1. Mal). || Distinguer entre ce qui est bien et ce qui est mal.
20 Si vous faites bien, n'en serez-vous pas récompensés ? et si vous faites mal, ne porterez-vous pas aussitÎt la peine de votre péché ?
Bible (Sacy), GenÚse, IV, 7.
21 Il (mon frĂšre) prit le train du libertinage, mĂȘme avant l'Ăąge d'ĂȘtre un vrai libertin
 Enfin mon frĂšre tourna si mal, qu'il s'enfuit et disparut tout Ă  fait.
Rousseau, les Confessions, I.
22 Comme je ne me soucie d'ĂȘtre aimĂ©e que de vous, et que vous verrez bien si je fais mal, il n'y aura pas de ma faute, le reste me sera bien Ă©gal (
)
Laclos, les Liaisons dangereuses, CXVII.
———
V
1 ☑ Loc. adv. (avec nĂ©gation). Pas mal : assez bien, bien. || Ce tableau ne fera pas mal sur ce mur. || Vous ne ferez (cit. 71) pas mal de les avertir. || Cela ne vous irait pas mal. || Ça va, aujourd'hui ? — Pas mal, et vous ? || Pas mal rĂ©pondu ! || Pas mal, continuez. || Pas mal pour un dĂ©but ! || Il ne s'en est pas mal tirĂ©.
23 Le PĂšre Adam les montrait comme un chef-d'Ɠuvre Ă  Voltaire, qui disait, en souriant, que ce n'Ă©tait pas mal pour un enfant de cet Ăąge.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 30 déc. 1850.
23.1 Si blasĂ© que dĂ»t ĂȘtre un journaliste parisien sur ces effets que la mise en scĂšne moderne a portĂ©s loin, Alcide Jolivet ne put retenir un lĂ©ger mouvement de tĂȘte qui, entre le boulevard Montmartre et la Madeleine, eĂ»t voulu dire : « Pas mal ! pas mal ! »
J. Verne, Michel Strogoff, p. 340.
♩ Adj. (employĂ© comme attribut). || Ce tableau n'est pas mal, n'est pas mauvais, est assez bon. — Cette jeune fille n'est pas mal, elle est jolie, bien faite. || Elle n'est pas mal du tout !
24 — Électre est la plus belle fille d'Argos. — Enfin, elle n'est pas mal.
Giraudoux, Électre, I, 2.
25 Il la dĂ©shabillait Ă  contre-cƓur. Elle n'Ă©tait pourtant pas mal, qu'est-ce qu'il avait Ă  faire le difficile ?
Aragon, les Beaux Quartiers, II, V.
25.1 On part de l'idĂ©e que les gens sont restĂ©s les mĂȘmes et on les trouve vieux. Mais une fois que l'idĂ©e dont on part est qu'ils sont vieux, on les retrouve, on ne les trouve pas si mal.
Proust, le Temps retrouvé, Pl., t. III, p. 948.
2 ☑ Loc. adv. (sans nĂ©gation). Pas mal : assez, beaucoup. || « Ainsi employĂ©, pas mal forme une expression positive, et marque un degrĂ© qui se place sensiblement entre assez et beaucoup » (Le Bidois). || Il a pas mal voyagĂ©. ⇒ Passablement. || Vous vous fichez (cit. 13) pas mal de lui ! — (Avant un adj.). || Il est pas mal froussard.
26 Ah ! je m'en moque pas mal ! dit Charles en faisant une pirouette.
Flaubert, Mme Bovary, II, IX.
27 (
) son Herbert avait toujours Ă©tĂ© pas mal reĂźtre (
)
Alphonse Daudet, l'Immortel, II.
28 Elle se fiche pas mal de lui.
Guy Mazeline, les Loups, II, I.
REM. L'emploi postposé paraßt vieux ou régional :
28.1 Le ciel est sombre pas mal; mais dans les voitures tout est joie et beau temps.
Rodolphe Töpffer, Voyages en zigzag, p. 204.
3 ☑ (Sans nĂ©gation). Pas mal de
 : un assez grand nombre de, bon nombre de, beaucoup. || J'avais appris pas mal de choses (→ Bribe, cit. 6). || Il y avait pas mal de monde dans la salle. || J'en aurais pas mal Ă  dire sur son compte.
REM. La langue classique employait ordinairement la nĂ©gation ne (→ cit. 29), aujourd'hui supprimĂ©e.
29 Pour une jeune fille, elle n'en sait pas mal !
Moliùre, l'École des maris, II, 5.
30 (
) comme ils gagnaient à eux deux prÚs de neuf francs par jour, on calculait qu'ils devaient mettre de cÎté pas mal d'argent.
Zola, l'Assommoir, t. I, IV, p. 120.
31 (
) une ville du Languedoc, oĂč l'on trouve comme dans toutes les villes du Midi, beaucoup de soleil, pas mal de poussiĂšre (
)
Alphonse Daudet, le Petit Chose, I, I.
32 Nous avons à penser à pas mal d'autres choses, n'est-ce pas ?
Pierre Benoit, Axelle, XV.
4 ☑ Tant bien que mal (vx) que bien, que mal. ⇒ Bien, tant.
5 ☑ De mal en pis : de plus en plus mal. || Les choses vont de mal en pis.
❖
CONTR. 1. Bien. — Divinement, Ă©lĂ©gamment, joliment. — Juste (II.).
COMP. Maladresse, maladroit, malaise, malappris, malavisĂ©, malbĂąti, malcontent, maldisant, mal-en-point, malentendu, mal-ĂȘtre, malĂ©vole, malfaire, malfaisance, malfaisant, malfaiteur, malgracieux, malhabile, malheureux, malhonnĂȘte, malintentionnĂ©, mal-jugĂ©, malmener, malodorant, malplaisant, malpropre, malsain, malsĂ©ant, malsonnant, maltraiter, malveillant, malvenant, malvenu, malversation, malverser. — Maudire, maupiteux, maussade. — V. aussi le prĂ©f. MĂ©-, mĂ©s-.
HOM. 1. Mal, 3. mal, malle.
————————
3. mal [mal] n. m.
ÉTYM. 980; du lat. malum. REM. Le pluriel maux [mo] n'est usitĂ© qu'aux sens I et II.
❖
———
I
1 Ce qui cause de la douleur, de la peine, du malheur; ce qui est mauvais, nuisible, pĂ©nible (pour qqn). ⇒ Dommage, perte, prĂ©judice, tort. || Faire du mal Ă  qqn (→ 2. Bien, cit. 8 et 15; impunĂ©ment, cit. 2). || Prendre plaisir Ă  faire du mal (⇒ CruautĂ©, mĂ©chancetĂ©, perversitĂ©). || Quel mal ai-je causĂ©, quel mal vous ai-je fait ? — ☑ (Fin Xe). Loc. Vouloir mal Ă  qqn (vx). || Vouloir du mal Ă  un ennemi, Ă  une personne que l'on dĂ©teste, que l'on hait. || Ne vouloir, ne faire, ne causer de mal Ă  personne. ☑ Il ne ferait pas de mal Ă  une mouche (fam.) : c'est un homme doux. — ☑ Rendre le mal pour le mal (→ ƒil pour Ɠil, dent pour dent). || Rendre le bien pour le mal. — ☑ Le mal est fait (→ Calomnie, cit. 5). || Les faibles (cit. 19) font souvent plus de mal que les mĂ©chants. || Cela lui a fait du mal. || L'ignorance (cit. 13) n'a jamais fait de mal. ⇒ Nuire. || Craindre un mal (→ Crier, cit. 27). || Tomber d'un mal en un mal plus grand (cf. De Charybde en Scylla).
1 Voyez-vous comment ils ont soin de dĂ©fendre d'avoir l'intention de rendre le mal pour le mal, parce que l'Écriture le condamne ?
Pascal, les Provinciales, VII.
2 (
) c'est merveille
Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal.
La Fontaine, Fables, V, 20.
3 Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire.
Boileau, l'Art poétique, I.
4 Il vaut encor mieux
Souffrir le mal que de le faire.
Florian, Fables, II, 3.
5 Désirer du bien à une femme, est-ce vouloir du mal à son mari ?
Beaumarchais, le Mariage de Figaro, I, 9.
6 Peyrade, de qui la Flamande avait dit Ă  la cuisiniĂšre de l'Ă©picier : — Il ne ferait pas de mal Ă  une mouche ! passait pour le meilleur des hommes.
Balzac, Splendeurs et MisÚres des courtisanes, Pl., t. V, p. 760.
7 Personne n'est méchant, et que de mal on fait !
Hugo, l'Année terrible, Juin 1871, XIII.
8 On fait toujours du mal Ă  quelqu'un. Les uns me font du mal, je fais du mal Ă  d'autres. C'est dans l'ordre.
R. Rolland, Jean-Christophe, Buisson ardent, p. 1372.
9 — Moi, j'aime bien la guerre. Je ne suis pas mĂ©chant. Je ne veux de mal Ă  personne. Mais j'aime bien la guerre.
Giraudoux, Ondine, I, 2.
♩ Un mal, des maux. ⇒ Affliction, dĂ©solation, Ă©preuve, malheur, peine. || « La vie sans les maux est un hochet (cit. 4) d'enfant » (Chateaubriand). || Souffrir avec constance les maux qu'on ne peut Ă©viter (cit. 26). || Les maux journaliers (cit. 1), quotidiens. || Les maux de la guerre. ⇒ Violence. || Les maux rĂ©els et les maux imaginaires. || De deux maux choisir le moindre. || Les maux qui frappent l'humanitĂ©. ⇒ CalamitĂ©, plaie. || Supporter un mal, des maux (→ Force, cit. 20). || Les maux qui affligent (cit. 6) la terre, les hommes. || La guerre (cit. 4), mal qui dĂ©shonore le genre humain. — L'absence (cit. 3) est le plus grand des maux. || L'argent (cit. 47), cause de tous les maux. — Les maux de qqn, ceux qu'il subit. — Collectivt. || Tout le mal rĂ©pandu sur la terre (→ Essentiel, cit. 2). — Le mal est que
 ⇒ InconvĂ©nient (→ Cachette, cit. 2; indispensable, cit. 6). || Quel mal y a-t-il Ă  manquer du superflu ?
10 La santĂ© et les richesses, ĂŽtant aux hommes l'expĂ©rience du mal, leur inspirent la duretĂ© pour leurs semblables (
)
La BruyÚre, les CaractÚres, XI, 79.
11 Le Danube, en perdant sa solitude, a vu se reproduire sur ses bords les maux inséparables de la société : pestes, famines, incendies, saccagements de villes, guerres, et ces divisions sans cesse renaissantes des passions ou des erreurs humaines.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. VI, p. 24.
11.1 C'Ă©tait cette tristesse que les maux seuls des autres leur inspirent et qui, tendresse impuissante et blessĂ©e, jaillit, s'Ă©lance vers ceux qu'elle ne peut rejoindre, sur qui elle voudrait se rĂ©pandre en bien-ĂȘtre, en soulagement, en consolation.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 658.
♩ ☑ Loc. fam. (1784). Il n'y a (y a) pas de mal : ce n'est pas grave, ne vous excusez pas. || Pardon ! — Y a pas de mal.
♩ ☑ Allus. myth. Les maux de la boüte (cit. 12) de Pandore.
12 Pandore portait avec elle une boĂźte, et PromĂ©thĂ©e, se mĂ©fiant, refusa de la recevoir. Pandore se tourna vers le frĂšre du Titan, ÉpimĂ©thĂ©e, qui, moins prudent, accueillit la jeune femme et l'Ă©pousa. Il voulut savoir ce que la boĂźte contenait; il l'ouvrit; les maux qui y Ă©taient contenus s'envolĂšrent et se rĂ©pandirent par le monde. C'Ă©tait le beau cadeau que Jupiter voulait faire Ă  PromĂ©thĂ©e et aux hommes, pour se venger du feu volĂ©.
Émile Henriot, Mythologie lĂ©gĂšre, p. 117.
♩ (1080). Par ext. (surtout au sing. collectif : le mal). Dommage causĂ© aux choses. || La grĂȘle a fait du mal aux rĂ©coltes. || RĂ©parer le mal causĂ© par un incendie (→ DĂ©gĂąt, cit. 2). || Il n'y a pas grand mal. || Ce n'est que demi-mal.
13 — Et puis, il y a eu le gros orage (
) — Et il en a fait du mal ! — Oui, il en a fait du mal, reprend le pĂšre Valigrane qui a bien regardĂ© au-dedans de lui des souvenirs de champs de blé (
)
J. Giono, Regain, II, II.
2 (XIIe). Souffrance, malaise physique. ⇒ Douleur, supplice. || Un mal, des maux physiques. || Mal insupportable, intolĂ©rable. ⇒ Souffrir (souffrir mille morts, etc.). || Les maux du corps Ă©puisent (cit. 22) l'Ăąme. || Souffrir d'un mal de gorge, de violents maux de tĂȘte (⇒ Migraine, et, mĂ©d., cĂ©phalalgie, cĂ©phalĂ©e; → Charivari, cit. 4; importun, cit. 6; indisposer, cit. 7). || Maux de dents (⇒ Odontalgie), d'oreilles (⇒ Otite). || Maux de reins (→ État, cit. 6). || Mal de ventre (⇒ Colique).
14 (
) mon pĂšre a Ă©tĂ© pris, Ă  peine parti de Rouen, d'un mal d'yeux opiniĂątre qui le forçait, dans les villes, Ă  garder sa chambre (
)
Flaubert, Correspondance, 97, 15 juin 1845.
♩ (Dans des loc. de sens nĂ©gatif; collectivt : le mal, du mal). || Sans mal. ⇒ Douleur. || Se tirer sans mal d'un accident. || Il n'y a pas eu de mal. — ☑ Fam. Il n'y a pas de mal (cf. Pas de bobo).
15 (
) toutes furent culbutĂ©es dans la litiĂšre, au milieu de cris et de jurons. — Ça ne fait rien, il n'y a pas de mal ! dĂ©clara Lise, qui avait roulĂ© jusqu'au mur et qu'on se hĂątait de relever !
Zola, la Terre, III, V.
♩ Faire du mal Ă  qqn. ☑ Il a eu plus de peur que de mal. — ☑ (1538). Loc. (compl. de avoir, faire, donner [plus rare], sans art.). Avoir mal : souffrir, Ă©prouver de la douleur. || OĂč as-tu mal ? || Avoir mal Ă  la tĂȘte, Ă  la poitrine (→ Avaler, cit. 17). — ☑ (1538). Avoir mal au cƓur (cit. 11, 12) : Ă©prouver des nausĂ©es. — ☑ Fam. Avoir mal aux cheveux. — REM. Ces expressions coexistent avec les syntagmes nominaux : le, un mal à
 Un mal de cƓur tenace.
♩ Faire mal : faire souffrir (le sujet peut ĂȘtre externe : il m'a fait mal, ou interne, dĂ©signant une partie du corps). || Vous me faites mal. → Frapper, cit. 20. || Les jambes lui font mal (→ Fatiguer, cit. 18). — ☑ Fig., fam. Cela me fait mal, mal au ventre, au cƓur (cit. 13) de voir, d'entendre cela : cela me donne du chagrin, m'inspire de la pitiĂ©, du regret, du dĂ©pit, du dĂ©goĂ»t
 (→ aussi Honte, cit. 33; horreur, cit. 11). — ☑ Ellipt. Cela me ferait mal : je ne supporterais pas cela, c'est impossible, jamais de la vie. — Se faire mal. || Il est tombĂ© et s'est fait mal. || Tu ne t'es pas fait mal, au moins ?
16 — Je n'ai pas mal, je me plains parce que je suis mal couchĂ©e, je me sens les cheveux en dĂ©sordre, j'ai mal au cƓur, je me suis cognĂ©e contre le mur.
Proust, À la recherche du temps perdu, t. VII, p. 180.
17 (
) de les entendre discuter comme ça là-dessus pendant des heures ça me donnait mal au ventre !
Céline, Voyage au bout de la nuit, p. 408.
18 (
) quand on a une affection du cƓur, on n'a jamais mal au cƓur. On a mal à l'estomac, à la rate, ou au pied au besoin, pas au cƓur.
J. Anouilh, Ornifle, II, p. 77.
♩ ☑ Loc. fam. (Avec un sujet n. de chose). Faire mal : ĂȘtre efficace contre qqn ou qqch. || Une nouveautĂ© technique comme celle-lĂ , ça va faire mal (Ă  la concurrence).
♩ ☑ Loc. (1532). Vx. Femme en mal d'enfant, sur le point d'accoucher (cit. 2, par mĂ©taphore), dans les douleurs de l'enfantement (→ aussi Clinique, cit. 2).
♩ ☑ Loc. En mal de (seulement avec quelques complĂ©ments) : qui a de la difficultĂ© Ă  obtenir (telle chose). || Journaliste en mal de copie, qui n'a pas de sujet sur lequel Ă©crire. || Écrivain en mal d'inspiration, qui a de la difficultĂ© Ă  trouver l'inspiration.
♩ Loc. || Mal de
 — (XVIe). || Mal de mer : malaise dĂ» au mouvement d'un bateau, caractĂ©risĂ© notamment par des nausĂ©es, des vomissements. ⇒ Naupathie.
♩ Sur le modĂšle de mal de mer. — (1912). || Mal de l'air, causĂ© par l'avion. — Rare. || Mal du rail, de la route (on dit couramment : il a le mal de mer en voiture). — (1867). || Mal des montagnes, des hauteurs, qui se manifeste au cours d'ascensions, par suite de l'oxygĂ©nation insuffisante (bourdonnements d'oreilles, vomissements, torpeur ou syncope). || Mal des Andes. ⇒ Puna.
3 (XIIe). Maladie. — (1669). || Un mal. || Être accablĂ© de maux. || Mal inconnu, curieux (→ ÉpidĂ©mie, cit. 3), incurable. || « Un mal qui rĂ©pand la terreur » (→ Fureur, cit. 17). || Être atteint, frappĂ© d'un mal subit qui force Ă  garder la chambre (cit. 8). || Le mal s'aggrave, empire (cit. 4). || Attouchement (cit. 2) qui Ă©carte le mal. || Enrayer (cit. 2) la progression du mal. || Un mal sans gravitĂ©. ⇒ Bobo. — ☑ Fig. Trouver la cause, le siĂšge du mal (cf. Mettre le doigt sur la plaie). ☑ Attaquer (cit. 40) le mal dans ses racines. ☑ Couper le mal Ă  la racine.
♩ ☑ Prov. Aux grands maux les grands remùdes. — ☑ Le remùde est pire que le mal.
19 La reine Ă©tait attaquĂ©e des Ă©crouelles (
) Son mal l'empĂȘchait de suivre le roi aux chasses continuelles et aux promenades
 (Noailles et Aguilar) prirent le roi par le faible qu'ils lui connaissaient sur sa santĂ©, et lui firent peur (
) de gagner le mal de la reine en continuant de coucher avec elle (
)
Saint-Simon, Mémoires, III, LXII.
20 — Ça va, Boudou ? Et ce pied ? — Comme ça
 S'il n'y a pas du mieux jeudi, je le laverai, et aprùs j'y mettrai une chaussette de coton et une chaussette de laine. — Aux grands maux les grands remùdes, Boudou !
Colette, Mitsou, I.
♩ ☑ Loc. Prendre du mal. — (Sans art.). || Prendre mal. || Attraper mal.
21 Tu es mouillé, trempé. De quoi prendre du mal.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, III, V.
♩ ☑ (XIVe). MĂ©d. Vx. Mal caduc, comitial, sacrĂ©; haut mal. ⇒ Épilepsie. ☑ Grand mal : attaque majeure d'Ă©pilepsie, caractĂ©risĂ©e par des convulsions. ☑ Petit mal : forme mineure d'Ă©pilepsie, de courte durĂ©e, sans perte de connaissance. ⇒ Absence. — Mal de Bright. ⇒ NĂ©phrite. || Mal de Pott, ou mal vertĂ©bral : tuberculose vertĂ©brale. — (XVIe). Vx. || Mal de Naples, mal napolitain, mal français, mal de VĂ©nus
 ⇒ Syphilis. || Mal des Ardents. — Mal perforant buccal, plantaire : ulcĂ©ration profonde causĂ©e par une nĂ©vrite. — (1893). Mod., cour. || Mal blanc : panaris superficiel. — Mal des rayons : troubles consĂ©cutifs Ă  une exposition intensive aux rayons ionisants.
♩ VĂ©tĂ©r. || Mal de brout.
4 (Fin XIIe). Souffrance, douleur morale. ⇒ Douleur, martyre, torture. || Les maux de l'Ăąme, de l'esprit (→ Imprimer, cit. 4). || Le mal, un mal d'amour. || Soulager les maux de deux amants (cit. 11). || Être sensible aux maux d'autrui (→ Aimer, cit. 4). || L'amour, mal Ă©trange (→ Farcin, cit. 2). || PhĂšdre, atteinte (cit. 6) d'un mal qu'elle s'obstine Ă  taire. || Mon mal, c'est de n'ĂȘtre pas aimĂ© (→ HaĂŻr, cit. 10, Sainte-Beuve).
♩ ☑ (1833). Loc. Le mal du siĂšcle (→ InquiĂ©tude, cit. 6), le mal de RenĂ© (→ DĂ©goĂ»t, cit. 11) : ennui, mĂ©lancolie profonde, dĂ©goĂ»t de vivre dont la jeunesse romantique avait trouvĂ© la peinture dans RenĂ©, de Chateaubriand.
♩ ☑ (1810). Le mal du pays. ⇒ Nostalgie.
22 (
) ce qu'on appelle le mal du pays, ce regret indĂ©finissable de la patrie, qui est indĂ©pendant des amis mĂȘmes qu'on y a laissĂ©s, s'applique particuliĂšrement Ă  ce plaisir de causer, que les Français ne retrouvent nulle part au mĂȘme degrĂ© que chez eux.
Mme de Staël, De l'Allemagne, I, XI.
23 La nostalgie est le regret du pays natal; aux rives du Tibre on a aussi le mal du pays, mais il produit un effet opposé à son effet accoutumé : on est saisi de l'amour des solitudes et du dégoût de la patrie.
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, t. V, p. 3.
24 Ce mot d'ennui, pris dans son acception la plus gĂ©nĂ©rale et la plus philosophique, est le trait distinctif du mal d'Oberman; ç'a Ă©tĂ© en partie le mal du siĂšcle (
)
Sainte-Beuve, Article sur « Oberman », 15 mai 1833, in Chateaubriand
, note Ă  XIVe leçon.
25 Nous disions, en faisant allusion à ce sentiment de nostalgie qu'on appelle le mal du pays, qu'il avait le mal du ciel !
Lamartine, Raphaël, Prologue.
26 Le mal dont j'ai souffert s'est enfui comme un rĂȘve.
A. de Musset, Poésies nouvelles, « La nuit d'octobre ».
REM. Les syntagmes avoir, faire mal, du mal (ci-dessus) s'emploient aussi dans ce sens. || Trouver les mots qui font le plus de mal ⇒ Blesser (→ Bouche, cit. 20).
♩ ☑ (DĂ©b. XXe). Être en mal de : souffrir de l'absence, du dĂ©faut de (quelque chose).
27 (
) la plus Ă©tonnante aventure qu'aucune chĂątelaine de loisir et en mal d'amour ait pu rencontrer dans les romans les plus pathĂ©tiques.
Émile Henriot, Portraits de femmes, p. 344.
5 (1690). || Du mal, un mal (qualifiĂ©) : difficultĂ©, effort, peine. || Avoir du mal Ă  faire qqch., Ă  joindre les deux bouts. || Quitter un emploi qui donne trop de mal. ⇒ Tintouin. || Donner du mal Ă  qqn, du fil Ă  retordre. ☑ Se donner du mal, un mal du diable (→ Enclencher, cit. 1), un mal de chien, un mal fou pour faire qqch., pour qqn. ⇒ DĂ©penser (se); → Se dĂ©carcasser, peiner. || Cela lui a coĂ»tĂ© bien du mal (→ Des larmes de sang). — Ce n'est pas sans mal que j'ai obtenu ce rĂ©sultat. || On n'a rien sans mal.
28 Je me suis laissĂ© conter qu'il y a des pays oĂč la terre donne un mal de chien. Ainsi, dans le Perche, il n'ont que des cailloux (
)
Zola, la Terre, I, V.
29 Les petits voulaient toujours ĂȘtre portĂ©s, ils n'en Ă©taient jamais las; et quand Christophe ne pouvait plus, c'Ă©taient des pleurs sans fin. Ils lui donnaient bien du mal, et il Ă©tait souvent fort embarrassĂ© d'eux.
R. Rolland, Jean-Christophe, L'aube, p. 32.
———
II Choses mauvaises, dĂ©fauts, imperfections qu'on voit en qqn, Ă  qqch.; jugement qui en dĂ©coule. — Vx. || Un mal, des maux (cit. 30); mod. du mal. || En lui le bien l'emporte sur le mal, le bon l'emporte sur le mauvais. || Penser du mal des femmes, des hommes. — Dire, penser (cit. 45) du mal. ⇒ Calomnier, mĂ©dire (→ Chacun, cit. 13; imputer, cit. 21; ironie, cit. 9). || Le mal qu'on dit de nous (→ Avertir, cit. 19), d'une Ɠuvre (→ Calculer, cit. 5). || Dire beaucoup de mal, pis que pendre de qqn.
♩ En mal : en envisageant les mauvais aspects. || Prendre qqch. en mal. || Il tourne tout en mal. || Il lui ressemble, mais en mal.
30 Mais quand on considĂšre les biens et les maux qui peuvent ĂȘtre en une mĂȘme chose, pour savoir l'estime qu'on en doit faire (
) on prend le bien pour tout ce qui s'y trouve dont on peut avoir quelque commoditĂ©, et on ne nomme mal que ce dont on peut recevoir de l'incommodité (
)
Descartes, Lettre à Élisabeth, XXVII, janv. 1646.
31 On aime mieux dire du mal de soi-mĂȘme que de n'en point parler.
La Rochefoucauld, Maximes, 138.
32 Ce qu'elle ne voyait pas en mal, elle le voyait en ridicule (
)
Rousseau, les Confessions, X.
33 Pour dire du mal d'un homme illustre, il faut attendre qu'il en ait fait.
Joseph Joubert, Pensées, VIII, 86.
34 Les hommes, ma chÚre, m'ont paru généralement trÚs laids. Ceux qui sont beaux nous ressemblent en mal.
Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, Pl., t. I, p. 148.
35 Mais si, pour quelques-uns, et non des moindres (esprits), le mal leur est toujours plus clair que le bien, et si c'est une nécessité ou une tentation de leur esprit que de déprécier pour croire comprendre, nous ne les suivrons pas dans cet abus. L'homme n'est pas si simple qu'il suffise de le rabaisser pour le connaßtre.
Valéry, Variété IV, p. 161-162.
———
III
1 (1080). || Le mal, du mal : ce qui est contraire Ă  la loi morale, Ă  la vertu, au bien. || Le bien (cit. 70) et le mal (→ aussi BontĂ©, cit. 4; innocence, cit. 4). || Le mal et le faux (cit. 44). || Faire le mal. || Enclin (cit. 2) au mal. || Être innocent, exempt du mal, qui n'est pas souillĂ© par le mal. ⇒ Faute, pĂ©chĂ©. || Cet enfant a le gĂ©nie, le dĂ©mon du mal. || Faire le mal pour le mal. || Je veux le bien (cit. 60), c'est le mal que je fais. || L'arbre (cit. 48 et 49) de la science du Bien (cit. 59) et du Mal. || Discerner le mal et le bien (→ L'ivraie et le bon grain). || La conscience (cit. 14), juge du bien et du mal. || Par delĂ  le Bien et le Mal, ouvrage de Nietzsche (1883). || La conscience du mal (→ Honte, cit. 20). || Qu'y trouvez-vous de mal ? || Ne pas croire au mal (→ Innocence, cit. 3). || Il voit le mal partout. — ☑ Loc. prov. Honni (cit. 10) soit qui mal y pense. — Quel mal y a-t-il Ă  cela ? ⇒ Crime. || Il n'y a pas de mal, pas grand mal Ă  cela (→ Jurer, cit. 9). — Vx. || Je n'y entends (cit. 26) point de mal.
♩ ☑ À mal, au mal. || Penser, songer Ă  mal : avoir des intentions mauvaises. || Sans songer Ă  mal (→ 1. Garde, cit. 35). || Induire (cit. 3), inciter, encourager, porter qqn au mal, Ă  mal. ⇒ Pervertir; perversion, perversitĂ©. — ☑ Vx. Mettre Ă  mal : mettre dans le mal, pousser au mal. — (1648). SpĂ©cialt, vx. || Mettre une fille, une femme Ă  mal, la sĂ©duire. — Fig. Corrompre.
36 (
) quel mal y a-t-il d'aller dans un champ (Ă©crit Mendoça), de s'y promener en attendant un homme, et de se dĂ©fendre si on l'y vient attaquer ?
Pascal, les Provinciales, VII.
37 Ciel offensĂ©, lois violĂ©es, filles sĂ©duites, familles dĂ©shonorĂ©es, parents outragĂ©s, femmes mises Ă  mal, maris poussĂ©s Ă  bout (
)
MoliÚre, Dom Juan, V, 6.
38 Messieurs, vous vous damnez, si vous croyez qu'il y ait du mal entre nous; je vous assure que nous sommes comme frùre et sƓur.
Mme de Sévigné, 162, 27 avr. 1671.
38.1 Mais, vous disent les sots, le mal ne rend point heureux; non, quand on est convenu d'encenser le bien; mais dĂ©prisez, avilissez ce que vous appelez le bien, vous ne rĂ©vĂ©rez plus que ce que vous aviez la sottise d'appeler le mal; et tous les hommes auront du plaisir Ă  le commettre (
)
Sade, Justine
., t. I, p. 119.
39 On n'est jamais excusable d'ĂȘtre mĂ©chant, mais il y a quelque mĂ©rite Ă  savoir qu'on l'est; et le plus irrĂ©parable des vices est de faire le mal par bĂȘtise.
Baudelaire, le Spleen de Paris, XXVIII.
40 Beautés mises à mal et bourgeois déconfits
Eussent bondĂ© ma vie et soĂ»lĂ© mon cƓur d'homme.
Verlaine, Jadis et NaguÚre, « Dizain mil huit cent trente ».
41 (
) personne n'osait penser Ă  mal, le lieu Ă©tant si impropre Ă  toute entreprise coupable (
)
Loti, les Désenchantées, IV, XXVI.
41.1 Il faut tout faire bien mĂȘme le mal.
Claudel, Journal, janvier-février 1934, Pl., p. 50.
♩ REM. Un mal, des maux, est rare dans ce sens. — Je n'y vois qu'un mal insignifiant. || Je n'y vois aucun mal.
2 (1080). Absolt. || Le mal : ce qui « est l'objet de dĂ©sapprobation ou de blĂąme, tout ce qui est tel que la volontĂ© a le droit de s'y opposer lĂ©gitimement et de le modifier si possible » (Lalande). — Le Mal, incarnation de cette idĂ©e. || Le bien et le mal (→ HiĂ©rarchie, cit. 15). || Le problĂšme philosophique du Mal (→ Esquisser, cit. 2), de l'existence du Mal. || Le mal conçu comme une rĂ©alitĂ©, comme une absence (cit. 14) de bien, comme nĂ©cessaire au bien (→ Effort, cit. 14). || Pourquoi Dieu a-t-il crĂ©Ă© le mal si grand ? (→ Épouvanter, cit. 9, Musset). || Mal mĂ©taphysique, imperfection propre aux crĂ©atures. || SystĂšmes philosophiques et religieux qui voient le monde partagĂ© entre le Bien et le Mal (⇒ Dualisme, manichĂ©isme). — Le mal et l'enfer. || Le DĂ©mon, l'Esprit (cit. 32) du Mal (→ aussi GĂ©nie, cit. 1). || BelzĂ©buth ou Satan, incarnation du Mal. — Les Fleurs du Mal, poĂšmes de Baudelaire (1857).
42 Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon ?
Voltaire, Dict. philosophique, Pourquoi (les).
43 Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique ne serait rien sans nos vices, qui nous l'ont rendu sensible
 Homme, ne cherche plus l'auteur du mal; cet auteur, c'est toi-mĂȘme. Il n'existe point d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l'un et l'autre te vient de toi. Le mal gĂ©nĂ©ral ne peut ĂȘtre que dans le dĂ©sordre, et je vois dans le systĂšme du monde un ordre qui ne se dĂ©ment point. Le mal particulier n'est que dans le sentiment de l'ĂȘtre qui souffre; et ce sentiment, l'homme ne l'a pas reçu de la nature, il se l'est donnĂ©.
Rousseau, Émile, IV.
44 Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre;
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis. — C'est l'accusation
Qui pÚse de partout sur la Création !
A. de Vigny, PoÚmes philosophiques, « Mont des Oliviers », II.
45 Des poÚtes illustres s'étaient partagé depuis longtemps les provinces les plus fleuries du domaine poétique. Il m'a paru plaisant, et d'autant plus agréable que la tùche était plus difficile, d'extraire la beauté du Mal.
Baudelaire, Projet de préface aux Fleurs du mal, I.
46 (
) le mal n'est pas une rĂ©alitĂ© extĂ©rieure Ă  l'homme, le rĂ©sultat d'une volontĂ© Ă©trangĂšre, d'un Ahriman aussi fort que le dieu du Bien, Ormuzd, ainsi qu'on le voit dans le mazdĂ©isme. Le mal n'est rien, rien qu'une absence, la dĂ©mission de l'homme, la sanction de ses trahisons; il n'est que l'absence du bien.
Daniel-Rops, Ce qui meurt
, p. 238-239.
♩ SpĂ©cialt. Le mal physique. || « Le mal et la douleur, farces (2. Farce, cit. 8), sinistres » (A. France). || Protester contre le mal et la mort (→ Illogique, cit. 2).
47 Il entendait monter les hosannas serviles,
Les cris des Ă©gorgeurs, les Te Deum des rois,
L'appel désespéré des nations en croix
Et des justes rĂąlant sur le fumier des villes.
Ce lugubre concert du mal universel (
)
Leconte de Lisle, PoÚmes barbares, « Tristesse du diable ».
♩ Relig. Le pĂ©chĂ©, la concupiscence. || « Nous sommes pleins de mal » (→ Exciter, cit. 23, Pascal). || La haine (cit. 34) du mal. || Un monde sans le mal et sans le pĂ©chĂ© (→ Harmonie, cit. 5). || « Notre PĂšre qui ĂȘtes aux cieux (
) dĂ©livrez-nous du mal » (Bible [Sacy], Évangile selon saint Matthieu, VI, 9). — REM. On trouve aussi les traductions : le Malin, le Mauvais, qui dĂ©signent le Tentateur.
♩ (1657). || Faire le mal : pĂ©cher (→ JansĂ©niste, cit. 2).
48 (
) nous pouvons sans beaucoup de peine empĂȘcher le mal par la mortification de nos sens (
) Heureux, trop heureux, si, sages Ă  nos dĂ©pens, nous empĂȘchons qu'il n'augmente et ne nous prĂ©cipite dans les enfers.
Malebranche, Traité de morale, I, XI.
49 (
) une situation qui soit elle-mĂȘme faite de mal et de pĂ©chĂ©, façonnĂ©e au moule diabolique du mal et du pĂ©chĂ©.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. V, XXVI, p. 269.
50 À notre Ăąge que hante le problĂšme du mal et qui en a perdu le sens; qui oppose toujours Ă  Dieu l'existence du dĂ©sordre dans le monde (
) qui se rue au pĂ©chĂ©, qui en subit l'attrait, et qui pourtant le nie avec passion; qui oublie la loi du bien et du mal (
) rien n'est plus opportun que de redire le mot de saint Augustin (
) Tout ce que nous nommons mal n'est autre chose que le pĂ©chĂ© ou la peine du pĂ©chĂ©.
J. Chevalier, le Sens du péché, in l'Homme et le Péché, p. 107.
❖
CONTR. Bien.
HOM. 1. Mal, 2. mal, malle.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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